frontières

0110 marce 05.ret


Marce Truyens, plasticienne, tisserande, sculpteur, graveur
a installé dans son jardin ce qu'elle a appelé une
frontière d'amour

sur chaque poteau sont calligraphiés de courts poèmes d'amour, en français et en arabe.

elle m'écrit
je dois prier pour qu'il n'y ait pas trop de vent
pour que la frontière ne soit pas emportée au loin

ma réponse :

Ce serait joli s'il suffisait d'un peu de vent pour que les frontières soient emportées au loin !
tu imagines, une tempête ... et, soudain, toutes les frontières sont soulevées, entraînées dans les nuages, puis retombent, pêle-mêle, dans un champ.

et voilà tout le monde qui vient voir :
- où est ma frontière ? ...
- je n'ai plus de frontière, je ne sais plus où je vis ...
et tout cela, dans un mélange de langues digne de Babel !

finalement chacun repart avec son bout de frontière, tout content de pouvoir la replacer (en essayant quand même de grignoter un peu sur le territoire du voisin ... on ne sait jamais : quelquefois qu'il ne s'en rendrait pas compte ...)

mais, c'est bizarre : il reste un tout petit bout de frontière, là, dans l'herbe (une vache a failli la brouter) et personne ne vient la réclamer.
que va t'on en faire ? on ne peut pas la laisser là, ça gêne les vaches qui, sans papiers, n'osent plus passer de l'autre côté.

alors un vieil anarchise amoureux s'avance et propose de la prendre chez lui. étonnement ! les anarchistes n'aiment guère les frontières ...
mais on le laisse faire, s'il la veut, tant mieux, on sera ainsi tranquille.


Quand même, quelque temps après, un journaliste a la curiosité d'aller voir : il entre dans le jardin un peu fou du vieux, cherche la petite frontière, ne voit rien d'autre qu'un poteau planté à la verticale, décoré de banderolles et de fleurs grimpantes.
mais où donc se trouve cette frontière ??

devant vous, grogne le vieil anarchiste, là, le poteau vers le ciel !
vous savez, je suis toujours amoureux et l'amour n'a pas de frontière, il va où il veut ... les banderolles, ce sont des petits mots doux que le vent répète partout.


© lp - 2004 - inédit