échanges
mise au vert

en écho à un texte de Norge, publié chez Meerkat et agrémenté d'un chat vert rigolo : c'est ici
et pour participer au
DVMEH - du Vert même en Hiver - de Mirovinben

voici au autre texte de
NORGE
extrait de Remuer ciel et terre paru aux éd. Labor - 1994

LA LANGUE VERTE

Verte la mer ! et la peau
Du monde, verte, o jouvence.

Quand la belle est nue et danse,
Verte laitue au chapeau,
Crache un peu tes escarbilles,
Mon enfant, mon p'tit Jésus,
Pour du baiser qui pétille
De jus verts et de verjus.

Verdoyez, verdures drues,
A la dent, au cœur, à l'œil,
Et vertement, cours les rues,
Pullule, vert écureuil.

Le profond vert séculaire
Est brouté de chevaux verts.
Le profond vert légendaire
Est gloussé de ramiers verts.

Verte la mer et l'envie
D'être groseille ou semence.
Vert, le verbe qui commence

Et verte, la langue en vie.



image-carton
Anne Slacik



train de vie

--- trains
--- Paul Delvaux - Trains du Soir 1957


il y a ce train têtu qui avance à travers les paysages, à travers la foule
quelques arrêts pour laisser monter un fol, pour ajouter un tiroir, une lettre, une musique
il y a les autres qu'on laisse au bord de la voie
et ceux qui nous disent
- on vous rattrapera
et ceux qui n'en peuvent plus
-- qui se couchent sur le talus -- font un signe avec la main, résignés

il y a ces souvenirs qui disparaissent
déposés sur le quai, estampillés
-révolus
alléger
- poursuivre - aller de l'avant
vers un horizon qu'on ignore
pas toujours plus beau
-- pas toujours nouveau
et tant pis si nous ne regardons pas le défilé des images aux fenêtres : elles sont un trésor ténu à saisir au vol, cartes fantoches d'un jeu de mémory

il y a la locomotive conduite par le vent
les wagons couverts de graffitis
- de dessins - de mots d'amour ou de haine - de tapis d'herbes folles
dans des valises en carton des choses minuscules que nous avons aimées
-- des sons, des chansons, des parfums
tous ces petits bonheurs indéchiffrables




© lucie petit - inédit août 2009 - au croisement du texte " Accrocs du temps " de meerkat



prendre garde



----- pollution_seine


on dit qu'il fait mauvais à Essaouira
mauvais ... ça veut dire quoi ?
ici le bateau qui descend le fleuve, ne pense qu'au soleil qui pèse sur le pont
-- ce soleil qui s'enfonce dans l'eau pour la boire, lentement, la buvarder, n'y laisser que la fange des détritus, la puanteur chimique
un oiseau pousse un cri
les herbes de la rive bougent sans le moindre vent
l'eau suit ce chemin qu'elle a tracé au cours des ans
toujours plus lente
toujours plus dense
sans appétit
alentours
- l'homme poursuit sa quête de satisfactions
sans voir l'amour et la beauté se noyer dans une flaque


© lucie petit - inédit mai 2009 - au croisement d'un texte de Richard -- jusqu'à ce soir où nous sommes




Nouvelle Année
au croisement d'une citation d'Albane Gellé reprise sur le blog Bris de Mots


non, ce n'est pas la fin de l'année, ce n'est qu'un jour parmi les autres, un mois de décembre parmi les autres mois d'une année, parmi les autres années qui se suivent sans se ressembler tout en ayant l'air d'être pareilles et qui sont là depuis longtemps, prévues à cet effet, sans queue ni tête et ABSOLUMENT indispensables au bon déroulement de ce qu'on appelle une vie, qu'on peut tout aussi bien commencer par la fin et reprendre au début et secouer avant de servir pour que les bulles remontent à la surface et ne provoquent pas un hoquet malencontreux, lequel hoquet pourrait entraîner un bruit d'enfer alors que, c'est bien connu, tout le monde voudrait se retrouver au Paradis où il n'y a, d'ailleurs, pas d'années, pas de mois, pas de jours et pas d'heures, pas de cadeaux non plus puisque par définition on ne doit pas y avoir de désirs .............. pfffffffff quel ennui !!


nouvelan


alors, faut-il ou non vous souhaiter une bonne Année ?



© lucie - 31 déc.2008



les arbres

arbresTanguy
© Tanguy Dohollau




les arbres ne sont que des oiseaux qu'on a plantés dans la terre.
ils connaissent tout du ciel et du vent.





© lp - févr.2008 - au croisement de ce dessin que m'a envoyé
Tanguy.



météo-chat


Une dame dans un parc. Vêtements légers.
Un chien brun, bas sur pattes, tenant un parapluie, passe près d'elle, lui sourit et lui dit :
- on ne devrait jamais faire confiance à la météo.

La dame abaisse son regard, un peu méprisante :
- pourquoi les chiens ont-ils toujours l'air stupide ? comme la météo, d'ailleurs.
je n'écoute jamais la météo ...
- Ah,
fait le chien soudain intéressé.
Si vous n'écoutez jamais la météo, comment savez-vous quand vous devez sortir votre maître ?
- Sachez que je n'ai pas de maître !
et quand je veux sortir, je regarde mon chat.
- Un chat ! quelle horreur ! C'est plein de griffes et ça crache. Ça vous saute dessus sans crier gare et ça court beaucoup trop vite.
- Un chat, c''est doux, ça ronronne, ça ne s'agite pas dans tous les sens en faisant du bruit. Et ça se passe la patte derrière l'oreille quand il va pleuvoir.
Voilà pourquoi je n'écoute jamais la météo.

A ce moment-là passe un gros nuage noir et il commence à pleuvoir. La dame, furieuse, crie qu'elle n'a pas son parapluie car le chat n'a rien dit. Le chien rigole et ouvre le sien.
Le chat, derrière la fenêtre, fait sa toilette.
Il pleut de plus en plus fort et la radio annonce des averses orageuses pour le restant de la journée.
Le chat a les oreilles bien propres et ne s'occupe pas du mauvais temps. D'ailleurs le chat s'en fiche pas mal.



----------------- chatfentre
----------------------------- Christine Cipriano - détail




© lucie petit - 1998 (revu 2008) - au croisement de "en verve et contre tout" chez
meerkat


défense de la lenteur

----- 0342escargot



depuis des temps
loin de la source
on est trop petit
-- trop léger -- trop lent
on n'est pas doué pour nager
tout a été inventé pour aller vite
-- plus vite

et l'eau grossit et bouscule
on s'accroche aux herbes de la rive
interdit de flâner
-- interdit de stationner -- interdit de prendre le temps -- interdit de vivre
parler
-- écrire -- penser ..... vite

la norme est établie par les plus forts
-- les plus malins --- les plus gros poissons trouveront l'océan
les autres essaieront peut-être de retrouver la source ... peut-être ...
c'est dur
-- à contre-courant


© lucie petit - inédit - déc.2007 - au croisement d'un texte d'Elvire Source, fontaine, fleuve, puis au loin ?


mots en vrac

carnetsAD



tes mots en vrac au grenier de ta pensée
étiquettes marquées au sceau de sauvegarde
zones d'orientation astronomique

sous la poussière, les abandons
quelques éclats sauvages grignotés par le temps
des morceaux de nuages et de bleu océan

ta langue, là, deviendra ce que tu es


© lucie Petit - inédit - nov. 2007 - au croisement d'une note d'Armand et de ses carnets




le fleuve

laMeuseNamche
photo empruntée à Lali - la Meuse



oubliée - la frénésie du départ
cette hâte de chiot éclaboussant le soleil d'étoiles bleues

les hanches larges
- pleines
étalées dans la plaine
pèsent de leur force tranquille

la bouche goulue
baise les rives
-- la rouille des lourdes péniches
mâchonnant au passage l'arche usée d'un pont
-- un bout d'île -- un brouillard peuplé de bruits

animal gavé de ciel creusant son lit dans l'horizon
sans espoir d'y dormir jamais


© lucie petit - inédit - sept. 2007 -- au croisement d'un texte d'Elvire Fleuve encore



guetteurs de pierre

----- guetteurs-2
---------------- © Anita



au matin - sur la plage - ils sont là -- les guetteurs de pierre -- des morceaux d'étoiles sous leurs manteaux gris

sourds aux racontars des mouettes
-- muets dans le cailloutis des vagues --- tout le jour ils ont guetté les rêves en lambeaux pendus aux mâts des bateaux -- les folles désespérances dansant à l'horizon

qui leur a mis du fard aux joues
- ce soir ?
c'est moi
--- chuchote la brise de mer qui vient de se lever
votre main ..
-- qui effleure ma nuque .. -- à peine une tendresse


© lucie petit - inédit - août 2007 - au croisement des photos et d'une note d'Anita




-------- guetteurs-pierres
--------------- © Anita


écrire un livre avec les pieds

au croisement de "P .S.  Est-ce que tu écris tes livres avec les pieds parfois ? "
dans une LETTRE OUVERTE, ENVOYÉE EN POÉMIE AMIE - en date du 03/02/2007 - sur
La Cause des Causeuses



enveloppe env.verso


Dans ta lettre ouverte sur le blog de la Cause des Causeuses, tu parles de livre écrit avec les pieds. j’ai déjà essayé ........
l’ennui, c’est que j’ai constaté que j’ai deux pieds gauches.
comme mes mains...
et mon cœur est à gauche aussi.

ça devient difficile d’écrire quelque chose avec toute cette gaucherie qui, naturellement, fait fuir les gens adroits. je vais essayer d’ailleurs de t’envoyer un dessin de mon pied gauche (il est bien plus beau que le gauche de droite) et des quelques chaussures qui essaient de le maintenir dans le droit chemin.
ma main gauche aussi te salue.

quant à mon cœur, je ne peux le photographier : il se cache. il faudra que je demande l’échographie à mon cardiologue. de toute façon, il parait qu’il est trop gros... (mon cœur, pas le cardiologue !) personne ne le remarque mais ainsi je peux dire que j’ai le cœur gros, que j’en ai gros sur le cœur ou que j’ai le cœur gros comme ça -geste avec les mains.

c’est bizarre qu’un gros cœur puisse exprimer des choses si différentes, non ?


lp - alias loupiotte en participation aux Vendanges poétiques 2007


frontières

0110 marce 05.ret


Marce Truyens, plasticienne, tisserande, sculpteur, graveur
a installé dans son jardin ce qu'elle a appelé une
frontière d'amour

sur chaque poteau sont calligraphiés de courts poèmes d'amour, en français et en arabe.

elle m'écrit
je dois prier pour qu'il n'y ait pas trop de vent
pour que la frontière ne soit pas emportée au loin

ma réponse :

Ce serait joli s'il suffisait d'un peu de vent pour que les frontières soient emportées au loin !
tu imagines, une tempête ... et, soudain, toutes les frontières sont soulevées, entraînées dans les nuages, puis retombent, pêle-mêle, dans un champ.

et voilà tout le monde qui vient voir :
- où est ma frontière ? ...
- je n'ai plus de frontière, je ne sais plus où je vis ...
et tout cela, dans un mélange de langues digne de Babel !

finalement chacun repart avec son bout de frontière, tout content de pouvoir la replacer (en essayant quand même de grignoter un peu sur le territoire du voisin ... on ne sait jamais : quelquefois qu'il ne s'en rendrait pas compte ...)

mais, c'est bizarre : il reste un tout petit bout de frontière, là, dans l'herbe (une vache a failli la brouter) et personne ne vient la réclamer.
que va t'on en faire ? on ne peut pas la laisser là, ça gêne les vaches qui, sans papiers, n'osent plus passer de l'autre côté.

alors un vieil anarchise amoureux s'avance et propose de la prendre chez lui. étonnement ! les anarchistes n'aiment guère les frontières ...
mais on le laisse faire, s'il la veut, tant mieux, on sera ainsi tranquille.


Quand même, quelque temps après, un journaliste a la curiosité d'aller voir : il entre dans le jardin un peu fou du vieux, cherche la petite frontière, ne voit rien d'autre qu'un poteau planté à la verticale, décoré de banderolles et de fleurs grimpantes.
mais où donc se trouve cette frontière ??

devant vous, grogne le vieil anarchiste, là, le poteau vers le ciel !
vous savez, je suis toujours amoureux et l'amour n'a pas de frontière, il va où il veut ... les banderolles, ce sont des petits mots doux que le vent répète partout.


© lp - 2004 - inédit


il a dit : *un matin à déshabiller l'habitude*

0663.oignons


nuit noire _ silence mort _ machine__ mâche __mâche

un matin
on la secoue
on la bouscule
on l'écarte
on tente de lui ôter ses pelures une à une
tirer
_ gratter _ renoncer _ recommencer
jusqu'à la peau
__ jusqu'au nu

jusqu'à l'essence de la tendresse

et là
on s'arrête



© lucie Petit - inédit - mai 2007 - au croisement d'une phrase amie


revirement

__ effetmiroir
_détail d'une gravure sur pierre de M.Chastel


Ils viennent à moi mais c'est quoi ces oiseaux bigarrés qui paradent dans le bleu et le rire ?
ça semble du bonheur mais soudain ils tournent le dos et s'en vont sans un mot
__ oiseaux noirs et lugubres laissant derrière eux un miroir vide __ de l'autre côté du miroir il n'y a plus qu'un amas de terre grisâtre et sans goût

glacée mon image mettra longtemps à réapparaître



© lucie petit - inédit - mars 2007 - au croisement d'une note extraite du Journal de Charles Juliet
__ la Cause des Causeuses


pays de rivières

0334.ruisseau2
© lp - 2006


ici le pays cache ses eaux sous les arbres et les herbes ___ ruisseau suçant des cailloux-joujoux ___s'offrant le bijou d'un iris _d'une poule d'eau ou d'un martin pêcheur _ ou l'éclair vif-argent du fretin ___ ruisseau s'étalant comme une flaque pour abreuver les bêtes au pré ___ se prenant pour un poisson d'avril quand on y mouille sa godasse _trompé par les joncs
sa musique
_ variation de Bach à la manière de Glenn Gould ___ le traverser _un grand pas _une pierre plate _un saut de grenouille _un petit pont de bois où le vent soulève le jupon des filles ___ ruisseau qui ne sait pas que _de maille en maille _ses eaux finiront dans la gueule ouverte d'un fleuve

mais s'il ferme les yeux
_ peut-être le voit-il ?


© lp - 2 avril 07 - au croisement de "Bouchemaine" __ Porte-Paroles