Alessandro Baricco
23/02/09 19:08
| cueillette
Bozar Magazine - mars 2009 - annonce la présence d' Alessandro Baricco : I Barbari
dans le cadre de Turin Italian Spring & Passa Porta Festival
le dimanche 29.03 - 15:30>16:30
Alessandro Baricco (Turin, 1958) a été critique musical et saxophoniste.
et il est écrivain ...
Ses romans sont des compositions dans lesquelles on peut retrouver une sonate, une symphonie, un concerto.
Ses premiers livres, particulièrement, m'ont laissé des impressions éblouissantes, et SOIE ,par lequel je l'ai découvert, m'a envoûtée par sa sobriété, sa lenteur, son atmosphère.
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------------------- Idéogramme : Toba Chiba
pour le plaisir, en voici quelques extraits :
Toutes les histoires ont leur musique. Celle-ci a une musique blanche. C'est important de le dire, parce que la musique blanche est une drôle de musique, déconcertante quelquefois : elle se joue doucement, et elle se danse lentement. Quand elle est bien jouée, c'est comme si on entendait jouer le silence, et ceux qui la dansent comme des dieux, on les regarde et on a l'impression qu'ils ne bougent pas. C'est terriblement difficile, la musique blanche. ----- 1er rabat de couverture
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À acheter et vendre des vers à soie, Hervé Joncour gagnait chaque année une somme suffisante pour assurer à sa femme et à lui-même ce confort qu'en province on tendrait à nommer luxe. Il jouissait avec discrétion de ses biens, et la perspective, vraisemblable, de devenir réellement riche, le laissait tout à fait indifférent. C'était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre.
On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie.
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Baldabiou connaissait toutes ces histoires. Surtout, il connaissait une légende qui revenait très souvent dans les récits de ceux qui y étaient allés, là-bas. Ils disaient que dans cette île on produisait la plus belle soie du monde. Et cela depuis plus de mille ans, selon des rites et des secrets qui avaient atteint une exactitude mystique. Baldabiou, lui, pensait que ce n'était pas une légende mais la pure et simple vérité. Un jour, il avait tenu dans sa main un voile tissé avec un fil de soie japonais. C'était comme ne rien tenir entre ses doigts.
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Un panneau de papier de riz glissa, et Hervé Joncour entra dans la pièce. Hara Kei était assis sur le sol, les jambes croisées, dans le coin le plus éloigné de la pièce. Il était vêtu d'une tunique sombre, et il ne portait aucun bijou. Seul signe visible de son pouvoir, une femme étendue près de lui, la tête posée sur ses genoux, les yeux fermés, les bras cachés sous un ample vêtement rouge qui se déployait autour d'elle, comme une flamme, sur la natte couleur de cendre. Hara Kei lui passait lentement la main sur les cheveux : on aurait dit qu'il caressait le pelage d'un animal précieux, et endormi.
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Hervé Joncour fit quelques comptes et se découvrit riche. Il acheta trente acres de terre, au sud de sa propriété, et occupa les mois de l'été à dessiner un parc où ce serait léger, et silencieux, de se promener. Il l'imaginait invisible comme la fin du monde. Chaque matin, il poussait jusque chez Verdun, où il écoutait les histoires de la petite ville et feuilletait les gazettes arrivées de Paris. Le soir, il restait longtemps assis, sous le porche de sa maison, près de sa femme Hélène. Elle lisait un livre, à voix haute, et il était heureux car il se disait qu'il n'y avait pas de voix plus belle que la sienne, au monde.
Il eut trente-trois ans le 4 septembre 1862. Elle pleuvait, sa vie, devant ses yeux, spectacle tranquille.
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Alessandro Baricco -- Soie
Albin Michel 1997 - traduit de l'italien par Françoise Brun