


... C'est un jour insensé dans une vie insensée, un temps où il ne se passe rien, où rien ne survient jamais et c'est pourtant la plus haute vie qui soit, la vie en bordure, en lisière du monde, la vie que remet en lumière le moindre rayon de soleil, le moindre regard qui se pose sur elle. En effet, il suffit d'un regard, d'un simple regard et la journée s'embrase, les choses sont revivifiées. Ainsi ce marronnier dans la cour déserte où vous avez fait halte. Une table, un vin frais, les pages blanches d'un tout petit carnet et vous demeurez des heures à contempler cet arbre, la bicyclette que l'on pose contre son tronc puis les mains qui l'emportent plus loin, de l'autre côté invisible de la rue. Vous entendez, sans le vouloir, les musiques d'une conversation, le choc de casseroles dans une cuisine proche et seul le vent se dépose sur les pages, seul le vent, l'air frais, feuillettent les pages qu'un soleil adoucit mais vous n'écrivez pas, surtout pas. L'écriture, ce sera pour plus tard ou ce sera pour jamais mais vous êtes tout à ce regard qui vous brûle, vous êtes tout à cet arbre qui vous survivra et, en de tel moment, l'écriture est sans importance car un livre s'écrit, justement, sous les phrases qui bruissent et nous échappent. On peut le dire ainsi : Le songe écrit un livre à notre place.
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