déc. 2008
Ernst Moerman



608.rosebl



Puisque le bonheur n'existe pas,
tâchons d'être heureux
sans lui.



Ernst Moerman


Gaspard Hons (2)

extrait de - le jardin des morts heureux

aux éditions Rougerie - 1996




--- potager.dessin



à pas comptés quelque chose traverse le monde, c'est
le désir des âmes mortes, c'est la couleur des défunts,
c'est l'ombre d'une pensée flottante, c'est une mélo-
die heureuse. Je veille près du potager, j'entreprends
des hypothèses peu rationnelles, j'imagine une cour-
se cycliste, j'écoute le sifflement du merle, je bois
une tasse de café, je souris à l'inconnue.
Ce qui traverse le monde rend possible la perfection,
la plénitude, le bonheur. Ce qui traverse le monde, ce
qui n'a pas de nom, est sans doute le sens du monde






pour meerkat, cet extrait d'un recueil que j'avais quelque peu oublié ... acquis en 1996, j'en avais mal supporté le ton parfois triste et désabusé, le moment n'était sans doute pas bon ... et je ne l'avais plus relu.
j'ai choisi un des textes "positifs" mais j'en ai coché plusieurs autres ...


Gaspard Hons

extrait de -- les abeilles de personne

aux éditions Le Taillis Pré - 2008



------- abeille


I . Personne ne précède

I
Un rien suffit, tel ce flocon de neige oublié, cette lumière fragile. Au plus proche d'avril, une bêche céleste, un pourceau frappé d'amnésie.

Est-ce la réalité d'une rivière en crue, d'une cascade laiteuse, celle d'un éternuement métaphysique ? Ou simplement l'ombre de l'abeille première.

X
Neige, le bleu du pauvre, le blé du pauvre. Moitié brasier, moitié langue fatiguée, telle une éternité de blancheur, tel un ravissement

et un jardin paisible, le froid que je porterai jusqu'au fruit de l'abeille,

dons d'un gel obscur

XLVII
Abeille intérieure posée sur telle bêche, sur le tremblement d'une fleur. On dirait une pensée sans maître, une serpe te cherchant là où tu te cherches.

L'abeille finit le jardin. Un mince ruisseau aussi


II. Nul n'est apparu

LXVII
Ayant coupé l'orage en deux je découvre personne, un verger évadé et le silence des pommiers. À l'ombre de l'ombre vive pend une corde au rêve, au mot arbre,

arbre abstrait mal gardé, ou caravelle froide, froide parmi les pommes à venir

LXXI
J'ai oublié le jardin de l'ange parmi les bêches, les outils et autres empreintes sur un tas de cailloux devant l'abri du jardinier.

Mon jardin-poème porte loin le paysage, l'abeille éclair et le feu d'anciennes neiges. J'y prélève la beauté des lampes et la folie des tomates

CXXXII
Ma bêche matinale noyée dans la brume. Dans le voisinage des oiseaux, je parlais au juste silence, à une brouette amie jaillie d'un presque rayon de soleil.

Ici, nulle brûlure, seule une déflagration.
Le craquement d'une allumette, le rire de personne.


III. L'inattendu

CXLV
Silence entouré de chasseurs à l'affût, à proximité du vide d'une forêt, d'une colline rose où tu respires,

proche de ces objets minuscules, de ces fruits devenue aveugles comme des nouveau-nés.

Adossé au temps, aux balbutiements de l'oublié, tu explores un livre de cailloux

CLIV
M'interpelle la plénitude de la lumière tombée tardivement : une esquisse de nature morte.

M'interpelle un livre lointain, une rivière en crue

CLXXVIII
Dans la ruche en ruine, quelques graines enfouies et la dernière abeille fendue

------------------ comme le sexe d'une lampe

CLXXIX
(Rêve insensé ) Je n'attends personne. J'attends la venue d'une fidèle amante butinant l'ombre d'un fusil