

de la poésie --- ◆ --Philippe Jaccottet
Entretien avec Reynald André Chalard
aux éditions Arléa 2007
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Extrait de la préface de Reynald André Chalard :
" Le texte ci-dessous est la transcription d'un entretien que Philippe Jaccottet a bien voulu m'accorder, dans le cadre d'un premier travail universitaire sur son œuvre. Il a été enregistré à Grignan, dans sa maison, le lundi 22 février 1988. Il n'était alors pas question de le publier. ..... "
J'en donne des extraits que j'ai cochés parce qu'ils répondent à ce que je ressens moi-même .. mon choix est donc forcément subjectif.
Question :
... Pourquoi écrire ? Pourquoi écrivez-vous ? ...
... Votre réponse serait donc, en quelque sorte, pour mieux vivre ?
- Même le mot pour est presque de trop ; il ne faut pas exagérer non plus ... Mais vraiment, le point d'origine du vrai poème n'est pas l'intentionnalité. Ceux qui disent pour, c'est qu'ils réfléchissent quand on leur pose la question. Même chez Jourdan, il y a vraiment peut-être quelques dixièmes de seconde où on écrit parce qu'on ne peut pas faire autrement, sans vouloir exagérer, où c'est aussi spontané que l'oiseau ; c'est mon cas, ce qui fait que c'est toujours imprévisible : je n'ai pas écrit pendant de longues périodes sans savoir que j'allais écrire dix jours plus tard, parce qu'il y aurait eu quelque chose qui s'était passé. Il n'y a même pas de pour, mais, peut-être, si l'on continue, ou si l'on s'attache à cela, c'est effectivement parce qu'on comprend après coup que cela vous aide à vous tenir près de votre essentiel, de votre centre.
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... Est-ce que, à partir d'une émotion, il vous est arrivé d'écrire plusieurs fois le même poème ?
- Ce doit être assez rare. ... / Dans La Semaison, il peut y avoir des états, à partir d'une même émotion, d'un poème qu'on trouverait peut-être ailleurs, ou bien que j'aurais même écarté. Mais c'est plutôt rare, parce que, encore une fois, j'ai fait cette expérience que si les choses ne viennent pas vite et facilement, elles ne viennent jamais, et que m'acharner dessus ne fait que les gâcher. Il se trouve donc que tout ce que j'ai laissé passer, ce que j'ai publié sont des choses venues aisément et avec un minimum de retouches, sauf exception, plus tardives. Et il y a peut-être d'autant plus d'exceptions que je deviens plus vieux : l'inspiration est moins jaillissante, on devient plus laborieux peut-être, et la partie critique de soi-même commence à jouer un plus grand rôle. Mais en général, vraiment, ce sont des choses venues comme cela.
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... À propos de votre travail poétique, vous n'acceptez donc pas le terme d' " ascèse " ?
- Non, pas du tout. Parce que d'abord, l'ascèse n'a rien à voir avec la façon dont je vis. Il y a même plutôt un côté épicurien dans ma façon de vivre ici (ce serait aussi faux d'employer le mot, parce que ce serait exagérer) . Je récuse donc le mot à cause de cela, et aussi par que l' " ascèse " signifie un effort, un exercice, une discipline qu'on s'impose, et je trouve que c'est presque le contraire. C'est vrai que c'est une façon de faire, donc, il y a bien comme une méthode, une règle. Mais enfin ce n'est pas une règle douloureuse. D'un côté, cela confine à la paresse : disons passivité à l'orientale, pas le moindre acharnement à écrire. Il est vrai aussi que je n'ai jamais travaillé la nuit, sinon une fois, des idées de poèmes m'étaient venues dans une insomnie. Mais ce n'est pas du travail, de l'acharnement. C'est vraiment anti-Ponge ...
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