déc. 2009
Jean-Pierre Siméon

ex -- AÏE ! -un poète -- Jean-Pierre Siméon

éd.Seuil - 2003


pour lire des poèmes ...

Siméon:Galeron
------ ill. Henri Galeron

...
Faites votre propre sentier, cherchez derrière les buissons, soulevez les pierres, perdez-vous,
prenez des raccourcis si ça vous chante.
C'est là qu'il faut cultiver sa paresse : il faut savoir flâner, bader, traîner les pieds, s'asseoir à tout bout de champ, s'arrêter au drôle de petit détail et, si d'un coup la pente devient trop forte, faire un détour.

...
Lire un poème, ce n'est pas chercher les deux ou trois sens que l'auteur a voulu y mettre, mais ceux-ci et les autres. Ce que le poète a dit sans vouloir le dire, ce que vous voulez dire, et ce qui veut se dire en vous, malgré tout. Ça fait beaucoup mais c'est cela traverser un poème : faire se lever une nuée d'oiseaux à chaque pas comme quand on traverse la place Saint-Marc à Venise. Il ne s'agit pas de faire apparaître le bon sens mais tous les sens qui dorment sous les mots.

...
Lire le poème ce n'est pas aller d'un point à un autre, c'est vagabonder, deux pas en avant, trois pas en arrière, deux pas sur le côté, c'est tenter tous les chemins, même ceux qui vont en sens contraire, c'est revenir sur ses pas, même, surtout, quand on croit avoir compris, c'est demeurer une éternité dans un mot, une image, un vers, si ça vous chante, c'est "rêver autour", comme disait Aragon, ce roi des poètes, c'est l'oublier et le revoir longtemps après avec un nouveau visage, c'est le dire à voix basse, à voix haute, pour soi ou pour les autres, c'est en recopier des bouts,le réécrire de sa main, le réinventer dans son souvenir.

...



La Fontaine et Boutet de Monvel

puisque nous approchons de Noël, offrons-nous encore une fable de La Fontaine,
sur le même thème (Monsieur de La Fontaine semblait apprécier la liberté ...
la précédente )
mais avec un autre illustrateur :
Boutet de Monvel


Le loup et le chien


--- Lafontaine.loup

Un loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire loup l'eût fait volontiers :
Mais il fallait livrer bataille;
Et le mâtin était de taille
A se défendre hardiment.

Le loup donc l'aborde humblement.
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint qu'il admire.
Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,
D'être aussi gras que moi
, lui repartit le chien.
Quittez les bois, vous ferez bien :
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères, et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car, quoi ! rien d'assuré ! point de franche lippée !
Tout à la pointe de l'épée !
Suivez-moi, vous aurez un bien meilleur destin.


- Lafontaine.loup.chien

Le loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien,
dit le chien : donner la chasse aux gens
portant bâtons, et mendiants ;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;
Moyennant quoi votre salaire
sera force reliefs de toutes les façons,
Os de poulets, os de pigeons ;
Sans parler de mainte caresse.
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.

Lafontaine.loup3


Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé.
Qu'est-ce là ? lui dit-il. - Rien. - Quoi ! rien ! - Peu de chose.
- Mais encor ?
- Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
- Attaché !
dit le loup ; vous ne courez donc pas
Où vous voulez ? - Pas toujours ; mais qu'importe ?
- Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor.


Lafontaine.loup4



extrait de Le loup et l'agneau et onze autres fables - lutin poche de l'école des loisirs - 1979

Henri Meschonnic


ex. De monde en monde Henri Meschonnic

éd. Arfuyen - 2009



----- Meschonnic.couv
----- Françoise Bissara-Fréreau Nuit fulgurante (détail)



-- aujourd'hui je ne sais rien d'autre
-- que la joie dans les yeux
-- les mouvements d'un ouvrier
-- sur un toit en face
-- entre les balancements des arbres
-- les mouvements du soleil
-- la merveille d'être ébloui