avr. 2010
Jacques Réda

ex L'adoption du système métrique - poèmes 1999-2003 - Jacques Réda

éd. Gallimard - 2004




----- geai en vol.rŽd
----------- photo JC


L'INSPECTION

Au dieu qui me délègue à des fins de contrôle,
Je peux dire : c'est bien, encore un coup les fleurs
Fleurissent, les bourgeons éclatent, les douleurs
S'apaisent ce matin au joint de mon épaule.
Sans billet dans ce train (tout se coalisa
Contre moi), je m'expose à payer une amende.
N'importe : entre les bois aux tons pâles d'amande,
On voit déjà flamber le soufre du colza
Et courir les frissons du jeune blé.
---------------------------------------J'essuie
Mes lunettes, la vitre, et regarde au travers
Sous un ciel orageux les jaunes et les verts
D'avril illuminer des monuments de pluie,
Sans oublier ma tâche absorbante : je dois
Tout voir et tout décrire, et que pas une branche,
Une fibre n'échappe à mon œil. L'avalanche
M'équilibre : je peux toucher, du bout des doigts,
Des piquets, des clochers et caresser la courbe
De l'horizon qui se prélasse et, des forêts,
Les sourcils drus froncés sur des étangs.
... / ...
Un geai brille, une pie insolente rigole
Et, massant l'épaisseur musculeuse de l'air,
Une buse ballotte et fuit -- mais je la compte.
Je compte les cailloux, les tuiles, les poteaux ;
Je roule dans les creux, je grimpe les coteaux ;
Ce que je ne fais pas, je l'invente, et raconte
Sans mentir.
---------------En effet je sais tout comme si
J'étais le dieu pour qui je dénombre et j'inspecte.
Il se peut que j'omette un nuage, un insecte,
Mais tout m'escorte et rien ne manque à mon récit.
Car c'est plutôt en moi le monde qui voyage
Et je n'en veux pas perdre une goutte, un sillon.
Puis lorsque j'aurai pris le fatal aiguillage,
Je serai vent, cheval et rose, papillon.


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photo lp

Gaspard Hons

ex l'orage en deux - une anthologie poétique (1974-1996)

éd. le dé bleu - 1998


pommier.fleurs


Le froid n'atteint pas les pommiers en fleur (1992)


le printemps ne prend aucune décision,- le
printemps se laisse faire, il ouvre la fenêtre
de la cuisine, ne comprend rien au fonction-
nement du lave-vaisselle,
-- voudrait relire
Parménide, le printemps est une erreur de la
création,
-- le printemps est le refuge des
tendres.
- Le printemps accueille les orphe-
lins, le printemps se cache derrière les pâles
masques de Venise

masqueVenise



Julos Beaucarne

23 mars 2010, rencontre à la librairie Calligrammes à Wavre avec

Julos BEAUCARNE

poète belge francophone wallonisant grand inventeur de mots
optimiste souriant sans illusions.


l'entretien est mené avec humour par Sophie Creuz .... enfin, quand elle arrive à placer un mot ! Happy

Quand on me demande ce que je deviens,
je réponds : " je deviens ce que je suis "
--------- Julos

BeaucarneCall.10
photo S.Roland Lib.Calligrammes

Comment puis-je te dire "mon amour"

Comment puis-je te dire mon amour
Personne n'est à moi que je sache
Je m'appartiens à certains jours
Quand nul, ni rien ne m'attache
Je voudrais te laisser couler
Sans jamais faire de barrage
Sans t'empêcher de traverser
Tout le beau pays de ton âge

Comment puis-je te dire mon amour
L'oiseau qui vole est-il volage
Quel est sa route et vers quel jour
Vers quel nid court-il, vers quelle cage
J'ai l'espérance de libérance
D'aurore de corps, de cœur et d'âme
J'ai souhaitance d'envolance
Au travers de l'air diaphane

Comment puis-je te dire mon amour
Comment frôler ta transparence
Et te lire comme en plein jour
A la lueur de l'innocence
Comment savoir ce qui est bien
Pour toi pour moi pour tout le monde
Comment faire pour que nos liens
Ne deviennent nœuds à la longue

Comment puis-je te dire mon amour
Sans être parfois questionneuse
Pourquoi ceci, pourquoi cela
Qui était cette voyageuse
Je voudrais te laisser le droit
De marcher tes secrètes routes
A l'abri de tous mes pourquoi
Sans faire peser sur toi mes doutes

Comment puis-je te dire mon amour
Sans jeter cette passerelle
Entre toi et moi tous les jours
Qu'il pleuve qu'il vente ou bien qu'il grêle
Je voudrais juste être à l'écoute
Des paroles que tu ne dis pas
Pour garder fort coûte que coûte
Tout en fleur le désir de toi


TLG 11/10/02 - album Le Jaseur Boréal - 2006 -

extrait de Mon petit royaume - chansons de 1964 à l'an 09

Moi mes chansons elles voyagent
Et s'en vont bien plus loin que moi
Elles connaissent tant de paysages
Pénètrent là où je n'entre pas
------- Julos