Paul Willems
20/11/07 23:20
| cueillette | permalien
extrait d'un recueil de nouvelles de Paul Willems - La cathédrale de brume
paru chez Fata Morgana en 2000 - bois gravés de Max Elskamp
un passage de la nouvelle qui donne son titre au recueil :
LA CATHEDRALE DE BRUME
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Le principe en était simple. Les murs et la tour étaient faits de brouillard au lieu de pierres.
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L'architecte V. avait choisi un lieu superbe, une clairière dans la forêt d'Houthulst où les chênes et les hêtres s'élançaient plus haut encore que la voûte de l'église. Là, l'étrange monument se balançait doucement dans l'air immobile.
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La grande nef était admirable. Cent cinquante-quatre colonnes de brume coulaient lentement vers le haut et se rejoignaient en sept clefs de voûte. La vapeur s'y condensait en gouttes d'eau qui tombaient une à une au rythme du hasard. Elles étaient reçues au sol par d'admirables iris sculptés par l'orfèvre Wolfers. Les fleurs de ces iris d'un bleu profond étaient hérissées d'acier vibratile dont les lamelles s'émouvaient de sons ténus à chaque goutte. Cette musique, que selon la mode du temps tout le monde s'accordait à trouver violette, remplaçait les cloches que l'architecte V. n'avait pu accrocher dans la tour de brume. Mais le son au lieu de s'envoler dans l'espace comme le son des cloches n'était perçu que par l'oreille du visiteur et allait loin, très loin en lui.
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Mon père disait que dans cette église la prière était d'une haute ferveur parce qu'elle ne s'y formulait pas en mots. Debout sur le tapis de lierre, en entendant sans l'écouter la musique des iris, on était saisi par une sorte de ravissement muet. On devenait silence.
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( pour Elvire )