I
Wocher - 1814
Hauts et bas de la lumière
1
...
-- À ceux qui s'arrêtent pour demander leur chemin, on ouvre la fenêtre comme on ouvre les bras. La main écarte le voilage pour pas qu'il se déchire dans la charnière. On parle de tout, de rien. Du temps et du ciel. Et finalement on donne à regret la bonne indication, la bonne adresse. Le renseignement que le visiteur attendait. On le libère à nouveau, oiseau étourdi, cogné à la vitre.
...
2
...
-- Quand les mots se rétractent jusqu'à l'os, se taire fait craquer les gencives, les phalanges, et c'est une terre noire, plus sombre que la nuit, un trou béant dans la présence où tombent les regards les uns après les autres comme des feuilles mortes.
-- Alors les regards m'évitent, les silhouettes croisées ont peur de tomber dans cette absence, le ciel vide qui plane au fond de moi, ce ciel sans bord, infini, cette pure présence où je m'avale, dévale, je passe à travers, mes doigts se crispent, puis je respire, je relâche, et je plane, à force, dans cette chute sans fond avec un visage de feuille morte.
...
II
Regarder à la fenêtre / Ramasser les miettes dans le creux de la main / Caresser les cheveux / Ecouter la pluie / S'embrasser comme des pigeons / Prendre la main / Se lever, le matin / Marcher
1
...
-- Quand le tremblement de mes paupières bouscule un peu mes lèvres, dans un chagrin inexpliqué, une joie mêlée de sang et de cris, je ne parle pas. Au contraire. Le silence résonne plus loin. Puis une phrase glisse entre mes doigts qui s'écartent. Je ne dis rien et le rien tombe à mes pieds en miettes, petite ombre de porcelaine fragile sous les ongles. A cause de la fatigue, je cherche un appui dans le ciel. Je tombe dans mon souffle en serrant les dents. Un peu de salive amère digère ma chute et je crache mes pas un à un sur la terre.
...
III
Le ciel pousse en vrac
1
...
-- Beaucoup d'animaux sont pétris de ciel, les merles, les moineaux, les hirondelles, les moustiques, les libellules, certaines fleurs aussi plus que d'autres, certains arbres, certains lacs et même des écluses, des fontaines, et j'en oublie sûrement.
-- Des heures collé à la vitre des façades, plus fraîche sur ma joue que le baiser des cascades, pour attendre qui, quoi, la douce quiétude d'être au monde dans la pure présence des fenêtres ?
...

Il en avait assez
de rouler
de torrents en ravines.
Le galet s'est calé
entre les deux racines,
deux bouées
qu'un vieil arbre
a voulu lui lancer.
❖
Du fond de son sommeil,
le galet,
inerte et glacé,
appelle le soleil.
Devenir lézard gris
à la gorge battante.
❖
Au lever du jour,
le galet porte la trace
d'un rayon de lune brisé.

