sur la plage

© Tanguy Dohollau
glisser comme un trait de lune
jusqu'à l'horizon des oiseaux,
en abandonnant sur la plage
mes souvenirs, mes vieux bagages.
la vague les prend
la vague les rend
usés, roulés, polis,
bercés tendre,
mordus déchiquetés,
fantôme étrange.
d'un brusque ressac
surgit un souvenir intact
comme la fulgurance d'un visage
que l'on croit reconnaître
et qui disparait aussitôt.
et je reste là, fascinée,
avec le vent qui siffle
dans les trous de mémoire,
sourde aux chants des oiseaux.
© Lucie Petit - inédit - 2005
Tanguy m'a envoyé ce dessin par mail et j'ai immédiatement pensé à ce texte : ils me semblaient étrangement complémentaires.
ce sont de merveilleuses rencontres et j'ajoute cette citation de Braque, apportée par Tanguy :
"l'écho répond à l'écho, tout se répercute". merci Tanguy !
Lucien Noullez
Tous les soirs en rentrant,
je trouve un trou devant ma porte.
Je pense à ceux qui traînent leurs secrets
dans des cartables aux bretelles fleuries.
Ils les déposent quelquefois sur le pavé,
pour suivre la chaloupe d'une hanche,
la rive d'un regard
ou peut-être un chardonneret
(qui sait ce qu'il
regarde quand il voit ?)
Puis ils repartent les mains
vides et les secrets
continuent de creuser.
Le soir alors, avant de
regagner l'orage du repas,
je fais discrètement un petit bond devant l'entrée
sans savoir ce qui tombe de mes poches
ni pourquoi j'entends rire
au fond du trou.
autre chose qu'un bouclier - Lucien Noullez
éd. Tétras Lyre 1998 - ill. Christian Otte
Lucien Noullez est un poète belge, d'origine wallonne. Il est né à Bruxelles en 1957. Il est enseignant, poète et critique littéraire.
poètes belges d'expression flamande
19/05/06 18:37
| sur le banc | Permalienla Collection "Escales du Nord" aux éd.Le Castor Astral présente la Bibliothèque flamande, éditions bilingues de poètes flamands.
Heureuse initiative.
j'ai essayé :
POEMES DISSOLUS de Luuk GRUWEZ
des textes réalistes qui m'ont laissé une impression de désespoir, avec un langage cru, parfois trivial,
assez proche, il me semble, de Jean-Pierre Verheggen,
mais aussi, représentatif d'un des deux courants culturels qui se côtoient en Belgique et s'influencent mutuellement.
extrait : (IV - L'idiot du village - Allemansgek)
Speech
C'est le néerlandais qui m'a pillé
et qui - entre déchets, débris et gravats -
m'a piétiné, torturé et broyé, jusqu'à
me faire oublier lequel de mes moi j'étais.
C'est le néerlandais qui m'a humilié
et qui m'a chassé de ma rue haute
après la bisbille avec mon flamand terminal.
C'est le néerlandais qui m'a contraint
à renoncer au brouhaha et au bourdonnement
qui régnait de Waregem à Kuurne, de Zwevegem
à Bavikhove, et s'infiltrait dans l'oreille de quelque
bien-aimée partout redoutée, partout aimée.
C'est le néerlandais avec qui je me suis fiancé,
pour ce seul bécot, ce seul sanglot, ce cunnilingus
avec celle qui ne se laissait faire minette que le temps
d'une odelette : la belle-mère radoteuse et bafouilleuse
qui m'empêchait de baisser mon froc en flamand
et me parlait de tringles quand je voulais tringler.
C'est le néerlandais qui m'a désappris à parler.
C'est le néerlandais qui m'a empêché de vivre.
Het is het Nederlands dat mij geplunderd heeft
en dat mij - tussen afval, schroot and puin -
vertrapt, gemarteld en vermorzeld heeft,
tot ik niet langer wist welk van mijn ikken ik was.
Het is het Nederlands dat mij vernederd heeft
en dat mij uit mijn Hoogstraat heeft verdreven
na het gebekvecht met mijn terminale Vlaams.
Het is het Nederlands dat mij verplicht heeft
af te zien van het geroezemoes en het gezoem
dat heerste van Deerlijk tot Heestert, van Zwevegem
tot Moen, en dat vervloeide in het oor van een of andere
alom gevreesde, alom beminde teerbeminde.
Het is het Nederlands waarmee ik mij verloofd heb,
ter wille van die ene lik, die ene snik, die cunnilingus
met wie zich amper een paar jamben beffen liet :
de memmende en stamelende schoonmama
die mij belette in het Vlaams te poepen en mij
de kruissteek bijbracht telkens als ik naaien wou.
Het is het Nederlands dat mij het spreken af deed leren.
Het is het Nederlands dat mij belemmerde te leven.
note : le néerlandais est la langue enseignée dans les écoles belges, langue officielle des Pays-Bas.
le flamand est la langue parlée usuelle, dérivant parfois en patois locaux.
il faudra bien

céramique de Mireille Clerebout
il faudra bien, un jour,
que ce chemin indécis sorte des fourrés hérissés.
ma lampe est trop faible et les mains qui se tendent sont vagabondes.
il faudra bien, un jour,
que le corbeau cesse de se poser sur ma tête.
son cri lugubre empêche la joie de s'effeuiller,
son aile n'est pas une couronne à ma taille.
les arbres qui marchent à pas lourds, secouent leurs feuilles sur mes traces.
mes souvenirs ont de la peine à pousser. ceux qui auraient pu lier les gerbes
avec moi, ne m'ont laissé que des miroirs.
il y fait sombre et froid.
crois-tu que le rouge-gorge chante encore ?
© Lucie Petit - inédit - nov. 2005