mars 2007
Cécile Clozel

c.clozel.pré



qui pourrait lire ce que j'écris ? Mes amis sont morts, ou perdus.


les morts ne sont plus là,
c'est vrai
mais pas ailleurs non plus
les morts sont cet ailleurs absent qui prend toute la place
cette absence d'ailleurs qui emmure le texte en lui-même
tellement
même qu'il se tait
et les amis perdus ...
petit séisme sans histoire, qui ne touche que moi,
et que rien ne console, que le temps ne console pas,
puisqu'il n'a pas d'histoire.

l'amitié perdue,
elle a toujours été déjà perdue
toute amitié au monde s'engouffre dans la faille
où poser ma main pour écrire ?

seuls quelques mots,
ailleurs absent, petit séisme sans histoire,
quelques mots seuls me parlent, d'abord rafale, puis pulsation,
début d'espace-temps, respiration.

je vous écris,
ailleurs absent, petit séisme sans histoire,
je vous écris à vous, ces quelques mots,

à
vous

qui
me
parlez.



Cécile Clozel - le long du pré - K éditions 2002


printemps


adolescent à l'humeur sauvage
il pique d'ailes vertes
de fleurs aigrelettes
les arbres prenant leur envol
dans un ciel moucheté

bleu
gris de plomb
blanc de glace
éperdu d'oiseaux fragiles


© lp - ex le Temps se brode au point de saison - 2001


________ 0589.giboulée
__________ photo lp - 07


aujourd'hui

aujourd’hui j’aimerais être ailleurs ____ être autre ____ ou dormir très fort et très longtemps

lp



kipling.chat
Kipling




escargot


escargotN.6
© lp - 2007


comme l'escargot tu portes ta coquille ___ à la fois arme et abri ___ tu parles peu ___ tu réponds aux questions mais pas à celles que je n'ose pas poser ___ tu avances obstinément avec des arrêts soudains où tu t'enroules tout serré dans ton passé si jeune et sombre

silence

puis ton sourire désarmé
___ et c'est toi qui m'entraînes ___ tu es précieux ___ l'escargot déroule sa spirale sans souci des clôtures et des pierres ___ il aime la pluie ___ il tâte le goût du vent ___ tu sais déjà qu'il faut oser la tendresse ___ il te faudra te dénouer ___ assouplir ton chemin ___ tu laisseras ta trace


à NG
© Lucie Petit - inédit - fév. 2007



Ito Naga

__ rouge.incr


Ito Naga , né en 1957, est astrophysicien.

il a fait un livre de 469 phrases qui commencent toutes par
" Je sais "
il remet toutes ces certitudes en question ...


Je sais qu'aujourd'hui, à part quelques étrangers qui apprennent studieusement le français, on ne dit plus "n'est-ce pas ?", comme s'il n'y avait plus que des certitudes.___ (266)

Je sais qu'on est sommé d'avoir un avis sur tout, quand on n'en a sur quasiment rien.___ (273)
Je sais qu'avoir un avis permet à l'autre de trouver une prise comme s'il faisait de l'escalade.___ (274)

Je sais que, curieusement, nombre de phénomènes dans la nature apparaissent comme le résultat d'un habile raisonnement : la lumière qui emprunte le chemin le plus court, l'eau qui contourne un obstacle ... ___ (294)
Je sais qu'ainsi nombre de phénomènes dans la nature semblent doués d'intelligence. ___ (295)
Je sais qu'en y regardant de près, on ne voit plus clairement ce qu'il y a de si particulier dans l'intelligence humaine. ___ (296)

Je sais que la rotation de la Terre est en partie à l'origine du vent, que sentir ce vent est comme sortir la tête hors de la Terre.___(454)


Ito Naga - Je sais - Cheyne éditeur - coll. Grands Fonds - 2006


partir

sac.porte



il prend son baluchon ___un bonnet de vent et des mots en écharpe ____au fond de sa poche une bille __un parfum __une ivresse et la douceur fanée d’une joue de grand-mère ____sur la route il rencontre trois éléphants blancs __une tasse de porcelaine craintive __un napperon de dentelle __une pendule à balancier qui regarde constamment derrière elle pour vérifier si elle n’a pas perdu une minute __un escargot qui mesure le chemin sur son mètre déroulant ____ il marche marche __le coeur dans les souliers ___sans compter les cailloux qui cachent des regrets __ sans suivre les espoirs qui tombent dans le ravin ____ se retrouve devant une porte ____ il l’ouvre et dans un immense miroir il voit un type usé __fatigué avec un baluchon __un bonnet de vent et des mots en écharpe____ au fond de sa poche une bille __ un parfum __une ivresse et la douceur fanée d’une joue de grand-mère __ une route et trois éléphants blancs __ une tasse de porcelaine un napperon de ..........................



© Lucie Petit - inédit - 2002

miroir





clin de lune

hier au soir j'ai regardé la terre qui faisait de l'ombre à la lune ____ tout le morceau de ciel que je pouvais voir de mon balcon brillait d'étoiles comme un ciel de grandes retrouvailles ____ il faisait froid ____ personne d'autre que moi aux alentours ne semblait s'intéresser au spectacle ____ plus loin les voitures roulaient leur bruit indifférent
vers minuit la lune pleine était recouverte
____ cachée sous une couleur ambre elle offrait encore une lueur très douce
un bref instant un oiseau quelque part a rêvé à voix haute


© lp - mars 2007



_______________luneNA.2
_____________________ © Nelly Avila - 06