à Myriade

un pas de côté
le temps fait une sieste.
buée sur le miroir
à l'ombre de l'arbre
ou entourés de neige
silence de mouche ou de corneille.
deux pas de côté
élaborer des gestes doux
pour ne pas rompre le cristal.
le pied sur le frein
ne pas oublier de respirer
entre les regards.
trois pas de côté
l'oiseau joue dans l'ombre.
une trille légère
fait sourire une rose.
des mots nagent entre nous
tissant un point oublié de dentelle ancienne.
trois pas revenus
renouer le fil.
le chat n'oubliera pas
je garderai le sens
deux-trois points de dentelle
un soupir entre les pages d'un livre.
© Lucie Petit - inédit - juin 2006

... Son vol est en mouvement ascendant et descendant mais aussi en spirale, décrivant la même spire qu'à l'intérieur des coquillages ou l'entortillement égal et circulaire des vrilles de la vigne. Ce vol s'interrompt par de brusques plongées, des chutes libres, ailes fermées jusqu'au sol. Quand elle monte dans les airs jusqu'à disparaître à nos yeux, elle figure alors au mieux l'image de l'âme dans son désir de rétablir le lien entre le ciel et la terre.
On dit de l'alouette qu'elle grisolle : ce verbe cherche à imiter son chant en courtes strophes, un dulidulidi sans fin, qui tient du grésillement d'une herbe sèche en feu en même temps que du bruit d'une faux battue à la pierre à aiguiser ; mais à mieux l'écouter, ce chant obéit à des variations innombrables et semble ainsi exprimer avec subtilité les états d'âme rapprochés de la jubilation, de l'allégresse et de l'ivresse en altitude. ...
Amours en vol - Jean-Pierre Otte
éd. Julliard 2005


sous une pluie calme et large
à petit bruit, l'ocre-poudre lappe les gouttes
nappes d'ombre pour une table de coquillages
dans le noir de ses paupières closes
il mélange soleil, terre et eau
trace des vagabondages
esquisse un paysage
peint les façades du jaune à l'ocre rouge
touche de rose ocré le campanile
* le chant de cloches joue à saute-oiseaux sur les tuiles *
contrepoint de terre de Sienne, terre d'ombre, argile cuite
enluminé soudain d'un éclat de soleil
à l'horizon un trait d'azur
immobile
des marbres céladon vert-de-grisé, blancs de rose veinés
* le vent se ronge de cette joue si fraîche *
cierges vert sombre en sentinelles
sous le regard d'or des chats
claironne le tournesol velouté d'oliviers
dans le noir de ses paupières closes
il a signé de feu
son oeuvre de terre, de soleil et d'eau.
ex. 4 COULEURS - 1999
© Lucie Petit pour le texte et les illustrations
la Cause des Causeuses