pousser la porte d'un livre me perdre dans la maison d'un autre installer mon bagage -- joindre ma prière au repas et laisser mon odeur dans les draps
le livre serait autre et moi quels que soient le voyage -- le paysage découpé dans la fenêtre -- les peurs de la cave -- les souvenirs grignotés
j'y trouverais des réponses -- des rires à me réchauffer les mains quelqu'un dirait -as-tu vu Mina ? -mais qui est Mina ? je pourrais cueillir des prunes au jardin et partir je pourrais décider de rester
je t'écris cette carte d'une ville rêveuse qui flâne le long de ses canaux --- les canards dérivent au long des barques désœuvrées et l'eau suçote la mousse des vieilles pierres saupoudrées de lumière dorée --- un chien passe sur le pont, préoccupé --- l'air est vide et se laisse pénétrer d'une odeur de vase et de fleurs, un peu molle, percée de pépiements et du son lointain d'une cloche --- la paix de l'instant me saisit en une caresse aiguë et j'éprouve soudain le désir violent de ta présence --- le besoin exigeant d'un cri qui me sauve de la noyade
sous la neige dort un silence qu'effleure à peine une germination l'écho marche à grands pas dans les traces du chat tombe en arrêt devant un croassement le ramasse et le jette à la cime d'un pin le chat se retourne et revient il secoue chaque patte et sa queue interroge le ciel qui balaie ses flocons l'écho fâché tape du pied mais glisse et s'enfonce dans le blanc le chat rit et murmure il ne faut pas réveiller le silence qui dort