
De l'autre côté du mur
il y a un rat
un rat portant un chapeau,
un chapeau noir à larges bords
retenu par ses oreilles.
On voit juste le bout de son nez.
Quant à ses yeux, je ne sais pas
s'ils sont là ou ailleurs
mais chaque jour, je vois le rat
creuser un trou devant le mur,
un trou qui ne va nulle part,
un trou qui jamais ne passe
de l'autre côté du mur.
Peut-être cherche-t-il ses yeux
pour les remettre à son chapeau ...
De l'autre côté du mur
il y a une vache
une vache aimant le piano.
Elle mâchonne des marguerites
en jouant des blues nostalgiques
et chaque jour, sur le mur triste
coule une larme
une larme de ciment
Après un verre de whisky sec,
le mur réclame en gémissant
un rock-n-roll étourdissant,
un rock qui jamais ne passe
de l'autre côté du mur.
Peut-être ramasse-t-il les notes
pour en faire un grand mouchoir ...
De l'autre côté du mur
il y a un arbre
un arbre couvert de cages-à-feuille.
Cage sans porte ni barreaux :
une luciole pour lanterne,
un miroir retient la belle.
On voit juste un sourire de feuille
lorsque la pluie poudre son nez.
Cet arbre n'a qu'un seul fruit
qui tourne le dos au soleil,
ne se laisse jamais cueillir,
et chaque jour je tends la main
de l'autre côté du mur.
Peut-être attend-il l'automne
pour dessiner porte et barreaux ...
De l'autre côté du mur
il y a des mots
balancés à la pointe de l'herbe,
des mots dans une langue étrange
et chaque jour un escargot
enroule un mot dans sa coquille.
Un roman se lit sur sa trace
et m'envoie un parfum d'ailleurs
mais je ne connais pas
celui qui les écrit ...
De l'autre côté du mur
il y a moi
et moi autre de ce côté-ci ...
© lucie Petit - inédit - 98/03 - croquis de Cécile Wattiez