le vent et le marbre
comme un vol de gerfauts - détail -
Jean GoorLe vent s’est mis en tête de briser le silence du marbre.
Il l’entoure, le harcèle, geint à ses côtés, tourbillonne de haut en bas, de long en large, glisse sur la surface lisse, n’arrive pas à accrocher, polit et repolit sans cesse.
Petit à petit, on entend poindre un gémissement, un sifflement léger, une douce plainte. Un chant s’élève, tendre d’abord, et qui s’enfle, se renforce, va de l’aigu au mezzo forte, se gonfle dans les basses et se transforme en sourd grondement. L’air vibre en accordance, tout se fige en effroi. Puis éclate un hurlement de rage qui s’éteint brusquement.
Et le vent s’éloigne déconfit, laissant derrière lui un bloc de silence imperturbable dont la peau fraîche et sereine invite à la caresse.
© lucie Petit - inédit - déc.1997