les pierres
21/03/10 18:06
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--------- Sculptures en terre de Mireille Clerebout
Dialogue en 1 scène.
- Tiens, la pierre a pondu !
- Elle a pondu ? mais ce n'est pas un oiseau !
- Non, mais elle a pondu quand même.
Regarde ce petit tout rond à côté d'elle.
- Ouais, bof. Il lui ressemble pas, hein.
- Mmmmm un peu. Il a une petite tache brune, là, tu vois. Une tache de naissance.
- Pas très quartzien, il me semble, ce petit. Elle est nettement plus bronzée. Je me demande à qui elle s'est frottée ...
- Oh, la mauvaise langue. Moi, je te dis qu'elle est allée à la cascade, celle dont l'eau est si claire ; celle qui est si gaie, si joyeuse, qu'à force de cascader sur ces grosses pierres sombres et rudes, elle leur fait des petits tout ronds, des petits au teint clair. Sûr que c'est de là qu'elle vient. D'ailleurs, sens, elle a l'odeur de l'eau vive.
- C'est ma foi vrai. Elle a d'ailleurs gardé des éclats d'eau brillante sur sa peau et dans ses veines.
Le petit est un peu crayeux, il pourrait avoir meilleure mine.
- Ils ont décidé de l'envoyer à la mer. Cela lui fera du bien de se faire rouler dans le sel, le sable et l'iode. Je suis sûr qu'il reviendra avec un teint lisse et frais.
- Oui, pourvu qu'une algue ne tombe pas amoureuse de lui et ne l'entraîne pas dans ses ventouses à goût de poisson.
Tu sais, le chant des algues au crépuscule est irrésistible pour les âmes de pierre.
FIN
© lucie petit - inédit - 1998
l'eau du vieux canal
07/06/09 19:19
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On lui avait dit : va par là
et docilement elle s'engagea dans le chenal tout tracé qu'on lui montrait.
Ma foi, c'était joli par là, et tranquille. Elle cheminait à son aise, batifolant dans les herbes folles, chatouillant les iris, accrochant des perles au cou des canards. Elle envoyait des signaux mystérieux au soleil qui lui filait des couleurs entre deux nuages.
Quand le chemin s'élargissait, elle flânait entre les nénuphars, prenait quelques vacances, jouait à la marelle sur les feuilles et écoutait en silence les histoires que maman-foulque racontait à ses petits et les rires des poissons qui passaient en dessous.
Puis on la conduisit dans un étroit sentier et il fallut aller plus vite, se dépêcher et dévaler les marches d'un escalier, reste d'une écluse où ne passait plus aucun bateau. Ça l'amusait beaucoup : elle en profitait pour faire beaucoup de bruit dans un grand bouillonnement de bulles, elle chantonnait en éclaboussant les fougères et les mousses, et riait en éclats en faisant tournoyer comme une folle une feuille de peuplier.
C'est ainsi qu'un dimanche de Pentecôte, elle passa à 11 heures moins cinq à l'écluse n°25. Un soleil printanier réchauffait le vent frais. Ils étaient là tous les deux, elle et lui, appuyés à la rambarde du petit pont, la regardant courir vers un je ne sais quoi dans sa fraîcheur vive.
Ils souriaient de ce bonheur léger, de cette plume au vent et mesuraient, absorbés dans son chant, le temps qui leur restait pour ranger dans un tiroir le parfum de cette eau fleurie où dansaient des paillettes d'or.
Comme elle, ils ne savaient où les menait leur vie mais ils vivaient ce moment en sa plénitude. C'était plus qu'il n'en fallait pour mettre entre guillemets : " il est 11 heures moins 5 à l'écluse n°25 " .
© lp - inédit - 1999
connais-tu la mer des Graveurs ?
15/06/08 10:07
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J'ai visité la mer des Graveurs.
C'est une mer modeste mais très importante par ses œuvres. En grande partie d'un noir d'encre, elle présente aussi des taches de couleurs bien séparées les unes des autres : chacun doit choisir sa couleur ...
Elle affiche la tête à l'envers : c'est l'habitude de regarder son reflet dans le ciel.
Elle aime les nuages blancs qui jouent dans son eau avec les poissons, mais ce qu'elle aime le plus, c'est la pluie qui tombe en fines rayures et les herbes de la berge qui se penchent sur elle.
Elle fait parfois des vagues pour bien montrer qu'elle est là et aussi parce qu'elle aime les caresses du vent. Il y a un tas de choses qui flottent portant des signes mystérieux, toutes petites parfois ou très grandes, ou d'autres en plusieurs morceaux qui s'assemblent comme un puzzle ...
Voilà ce que j'ai vu de la mer des Graveurs. Je crois qu'elle s'amuse beaucoup ...
à JC
© lucie Petit - inédit - 2008