mes empreintes
le jardin de l'océan



---------- bateau-1
---------------- Tanguy Dohollau



Chaque nuit, l'océan
vient jouer à ma porte,
oublie un liseré d'écume,
un coquillage, un grain de sable,
une lettre à la lune.

Je sais que l'horizon s'y noie,
son parfum ébouriffe mes cheveux,
sa rumeur gonfle mes poches.

Un prochain matin, ce sera
un bateau dans le jardin.

J'ai voulu prévenir mon père,
il a souri, mon visage entre ses mains :
tu as l'océan dans les yeux.

J'ai fermé les yeux un instant,
pour y mettre une brume.




le site de Tanguy Dohollau

©
Lucie Petit - inédit - avril 05

chemins retrouvés


----- 0783.ruisseau



--- elle ramasse des pas dans la salle des pas perdus
--- reconstruit ainsi les chemins d'une vie oubliée
--- ces pas la mènent devant une porte close qu'elle
--- n'ose ouvrir de peur de trouver la peau douce d'un
--- amour éperdu ou le parfum de foin sec des courses
--- de l'enfance
--- prenant alors un sentier de traverse, elle entend
--- le chant d'un ruisseau, - elle goûte la peau lisse
--- d'un caillou pêché au fond de l'eau, - elle s'assied
--- sur la berge ... elle est chez elle



© lucie petit - inédit - 2002


rien à dire

--------------- 1858.mur


il y a des jours où les mots s'enterrent -- des jours où un mur de tristesse et
d'impuissance semble occuper tout l'espace
-jusqu'à la fin -- tu penses une
tristesse à couper au couteau
-- une lime -un canif -les doigts -les dents
(le marteau-pic t'échapperait des mains)
-- un caillou le jour de ta naissance
il grandit avec toi presque tendrement
-avec des photos -des bouts de mots
des étonnements
-jusqu'à ce bloc qui ferme le regard






les arbres ont pris la fuite
-- la boîte aux lettres est remplie de sable -- tu
sais le temps
-le silence -à l'intérieur de toi le rassemblement des armes -les
ruses
-- lancer des rires au plus haut des mots -des faire-semblant -des mine-
de-rien
-- chercher la fissure -le judas minuscule entre deux herbes au pied
du mur
-- forcer une faiblesse qui rappellera l'écho -- des oiseaux répondront
il y aura des lucarnes avec éclaircies
-- c'est drôle comme le monde continue
de tourner
-et le soleil






©
lucie petit - inédit - févr.2010
c'était (ou ce sera) un autre jour ...


les pas perdus

pasTaniguchi ------------------------- pas7Taniguchi


la salle des pas perdus chaque jour compte les pas :
pas heureux, pas impatients, nerveux, lents ou résignés
pas sautés ou zigzaguant
- pas timides ou pas coupables
pas courant à la rencontre d'autres pas
-- pas enlacés
lassés, tièdes ou victorieux
- pas claironnés ou pas sur
la pointe des pieds

----------------------------------------------------- pas2Taniguchi

la salle des pas perdus ramasse tous ces pas et les porte
au greffier, au guichet des objets trouvés

-- pas5Taniguchi


et personne - jamais - ne vient les réclamer

------------------------------------------- pas4Taniguchi



© lucie petit - inédit - 2002

tous les pieds qui font des pas viennent de L'homme qui marche de Taniguchi - éd.Casterman


le livre disparu

----- DelermM
------------ Martine Delerm - Fragiles



printemps est là mais
je n'entends que le sifflement du vent
et ne mets plus de fleur à mon chapeau
le ciel se voûte sous les giboulées
ce sont des années qui dégringolent

tu m'as ouvert les pages d'un livre
rempli de musique et de rires
-- d'imprévus
d'escalades et de chutes
-- de revivance
ce livre que tu as emporté
me laissant un regret doux-amer
petit meurtre sans cadavre
comme le meurtre des fées

depuis
- la réalité marche à pas lourds


© lucie petit - inédit - avril 2010


le papetier


------- papierfin.lasaga



entre ses mains écartées
un souffle de papillon
--------------- un soupçon d'encre
--- mots -------------------- signes
--------------- écrits sur rien
--- un rien de papier
--- si fin
-------------------- la transparence
------------- pour l'éternel



© lucie petit - inédit - 1998


Conditionnel


----- trainK.Crowther
---------- Kitty Crowther - dét.



il aurait fallu
qu'une étoile perde le nord
qu'une guerre soit passée
-- avant - ou après
ou jamais
que le temps marche à l'envers
-- qu'il aille danser
qu'il nous oublie
qu'une fourmi se casse une patte juste au moment
où la maison virait de bord

il aurait fallu
naître sur le trottoir d'en face
être autre chose qu'un lapin
- un mouton
choisir des chemins de traverse
--passer les précipices
mettre un nez rouge
--rester au bord --écouter l'herbe chanter

jeter l'eau de l'hiver
replanter les hiers
avoir un peu de bleu dans la besace

pour qu'on soit dans le même wagon
à l'heure du dernier train


© lucie petit - inédit - janv.2010


jour vide

aucun homme n'est visible.
personne dans un jardin.
---------- Alejandra Pizarnik



parfois le jour vide est si long que tu n'entends plus les oiseaux qui
le traversent
--- tu as plein d'arêtes dans la gorge et les vieilles
recettes sont usées
--- autour de toi les amours se construisent
des bonheurs sans avoir besoin des cailloux que tu gardes dans
les tiroirs

alors tu déposes des cairns au pied des rosiers
- des arbres - des
montagnes
-- tu jettes un caillou dans l'étang et tu attends -- le
ciel est troublé
-- un nuage s'accroche à une branche

parfois tu as de la chance : un chat vient s'asseoir à tes côtés
noir avec des yeux de lune



0904.Žtang




© lucie petit - inédit - nov. 2009


la lettre

---------- SounyadŽt
------------------ Sounya - traces et signes - dét.



dans cette histoire de ville
de rues sans arbres
de feuille sèche oubliée par le vent
----------------------------venue de loin

dans cette histoire de feuille
où séchait une larme
- elle avait évité la tache d'encre
---------------------------- trop banale

dans cette histoire de lettre
écrite avec des mots de merde
la colère lui crevait la main
---------------------------- trop brutale

dans cette histoire de mots
de main levée
--- de cris
de cœur retourné à l'envers

---------------------------- il n'y avait rien d'autre
---------------------------- que deux lignes parallèles
---------------------------- et un étonnement


© lucie petit - inédit - 1998

de l'autre côté du mur

Cilou.vacheblues


De l'autre côté du mur
il y a un rat
un rat portant un chapeau,
un chapeau noir à larges bords
retenu par ses oreilles.
On voit juste le bout de son nez.
Quant à ses yeux, je ne sais pas
s'ils sont là ou ailleurs

mais chaque jour, je vois le rat
creuser un trou devant le mur,
un trou qui ne va nulle part,
un trou qui jamais ne passe
de l'autre côté du mur.

Peut-être cherche-t-il ses yeux
pour les remettre à son chapeau ...


De l'autre côté du mur
il y a une vache
une vache aimant le piano.
Elle mâchonne des marguerites
en jouant des blues nostalgiques
et chaque jour, sur le mur triste
coule une larme
une larme de ciment

Après un verre de whisky sec,
le mur réclame en gémissant
un rock-n-roll étourdissant,
un rock qui jamais ne passe
de l'autre côté du mur.

Peut-être ramasse-t-il les notes
pour en faire un grand mouchoir ...


De l'autre côté du mur
il y a un arbre
un arbre couvert de cages-à-feuille.
Cage sans porte ni barreaux :
une luciole pour lanterne,
un miroir retient la belle.
On voit juste un sourire de feuille
lorsque la pluie poudre son nez.

Cet arbre n'a qu'un seul fruit
qui tourne le dos au soleil,
ne se laisse jamais cueillir,
et chaque jour je tends la main
de l'autre côté du mur.

Peut-être attend-il l'automne
pour dessiner porte et barreaux ...


De l'autre côté du mur
il y a des mots
balancés à la pointe de l'herbe,
des mots dans une langue étrange
et chaque jour un escargot
enroule un mot dans sa coquille.
Un roman se lit sur sa trace
et m'envoie un parfum d'ailleurs

mais je ne connais pas
celui qui les écrit ...


De l'autre côté du mur
il y a moi
et moi autre de ce côté-ci ...



© lucie Petit - inédit - 98/03 - croquis de Cécile Wattiez

Petites Annonces


-------------- 1048.lumiresnuit




RENCONTRES.

Oiseau de nuit
ayant peur du noir
désire rencontrer luciole.


--------------- rue Oubliée
--------------- cherche
--------------- Arc de Triomphe


À LOUER

Araignée à la retraite
cherche à louer
toile solide


--------------- à louer
--------------- poche bien chaude
--------------- pour y mettre porte-bonheur



© lp - inédit - 2006

histoires de soleil

-------- 1478.soleilint



il neige sur la ville
emmitouflée dans son écharpe grise

le soleil dans la maison
se raconte des histoires
à chasser les nuages


© lp - inédit-1998


agression



------- 068.JPG
---------- photo JPG





il ne m'a pas dit grand' chose
de ce morceau de joie brisé sur le sol froid dans un couloir sinistre
---------- ce jour-là était pourtant un jour pareil aux autres,
---------- un jour confiant à sourire au chien passant

il ne m'a pas dit grand' chose
de cette avidité placardée sur ce mur violent dressé devant lui
---------- ce jour-là était pourtant un jour d'images
---------- un jour à raconter des histoires aux enfants

il ne m'a pas dit grand' chose
de ce caillou d'angoisse qui tient la main fermée,
de la colère qui ronge la nuit
---------- mais depuis ce jour-là, un rire s'est effacé au coin de l'œil,
---------- un cheveu blanc se pique d'amertume.





©
lucie petit - inédit - nov. 2001


rêve d'été

------------------- 0786.ruisseau


dans le bleu de son rêve
elle apparut soudain
blanche comme une étoile

il l'avait aperçue
dans la brume légère
d'un matin forestier,
ébauche de fille-fleur
née d'un soleil ensommeillé

elle était de ces êtres
qui ne survivent pas plus
qu'une goutte de rosée
pas plus
qu'un papillon butinant l'épilobe

dans le bleu de son rêve
elle apparut soudain
et il figea son souffle
pour la garder longtemps



© lucie petit - inédit - 1997 (inspiré par une musique)

hostile



------------------ jehay.0422


il y a ce village désert -- ce soleil dru qui ne lâche pas sa proie
et ces maisons aux yeux clos qui se rassemblent en silence
barrent la route à l'intrus
-- le poussent hors des murs
puis reviennent satisfaites à leurs remparts
- sous le bleu vertical

devant la gare abandonnée
-un escargot attend à l'ombre d'un brin d'herbe
un son de cloche tourne le dos
-- très loin


© lucie petit - inédit - juillet 2006


nénuphars

pour répondre à un lecteur exigeant
au risque de ne pas lui plaire ....


nenupharsroses.amar
© amaryllis



début de l'été.
même l'eau se couvrait de fleurs.
je regardais la virevolte des libellules
au-dessus des nénuphars roses.
une grenouille attendait un baiser
sur une feuille étalée.

îles flottantes nées de l'eau tranquille
on ne soupçonne pas leurs attaches terrestres
traversées de poissons.
on ne voit que l'élan vers le ciel
la grâce offerte au soleil.

comme les bateaux-maisons amarrés à jamais
ils sont imaginaire du voyage
partance assouvie
sérénité.


© lucie petit - inédit - juin 2009

pour le fun, vous pouvez aussi aller voir Happy
brève d'avril



le printemps a réveillé ses musiciens et
les dents des chats ont été agacées




JC.2 mŽsanges
photo JC


Chat_18262
photo Pixplumes


© lp - avr. 2009


messages


------ ------- arbreˆmots(2)
-------------------
© lp - 09


chaque matin, au marché, je fais provision de mots dans une boîte à cachous

tachés bio
--- clowns --- têtes de chou
certains s'envolent
--se plantent en attendant le vent --s'endorment au grenier --se croisent ou tirent des lignes --gesticulent --font la moue

carrés ou ronds j'en fais des paquets
pour ouvrir les volets
pour les coudre à ton arbre

just to keep in touch with you


© lucie petit - inédit - févr.2009



temps perdu


Žcriture:devoir


bientôt la nuit --- journée de devoirs - devoirs d'hier
ou d'avant-hier
--- je me sens petite fille sage et vide
j'ai sans doute oublié de respirer
--oublié de secouer
l'édredon de la chambre d'amis
--- mis les notes hors
de portée


t'ai-je parlé aujourd'hui ?
- non, je ne veux pas savoir
comment tu vas
- si tu as bien mangé - si tu as été sé-
rieux
- si tu n'as pas rongé tes ongles---- je veux finir
le jour en regardant passer un nuage
-- je ne sais pas
où il va
-- je ne sais pas qui tu es
mais je peux l'inventer

nuage:homme



© lucie petit - inédit - août 2008

porte ouverte


--------- porte.ouv


c'est une porte ouverte sur les champs
une porte ouverte sur les vents
les vents qui emportent l'automne
par delà les cheminées des villes
les vents qui retombent en pluies
sur les amours perdues
et rafraîchissent la mémoire des pierres

une porte de tous les possibles
ouvrant sur un bonheur tout neuf
prenant la clef des vents
par les sentes oubliées

------------ c'est une porte qu'on ne ferme jamais à clef.
------------ un arbre vous attend à l'entrée
------------ accrochez-y votre chapeau melon
------------ et gardez donc vos rêves pour l'après-dîner.



© lucie petit - inédit - 2000(98)


le rêve


------------ 0303.rose:insecte



Je l'ai trouvé au fond de mon enfance
comme on rattrape une maille
perdue dans un tricot

Je l'ai emporté dans ma poche
comme un caillou noir
qui ne veut pas s'ouvrir

Je lui ai pris son lait
comme on décortique
une crevette

--------------------------------------- comme un langage secret
--------------------------------------- dans un moulin à grains
--------------------------------------- je garde le rêve
--------------------------------------- au creux d'une corolle
--------------------------------------- pour y lire le journal des insectes


© lucie petit - inédit - 2009/00/98



papier-caillou


-------- papier-caillou



ce papier comme un caillou gris taché
cachant des bribes de mon histoire
regarde-le dévaler la pente

son cri couvrira les bruits de ma vie et il ne restera dans ses bords déchiquetés que des traces méconnaissables.
l'eau du torrent les lèchera jour après jour, jusqu'au fleuve dont les eaux lourdes emportent les alluvions de la mémoire

et la mer achèvera de digérer ce bref morceau de temps qui rejoindra l'infini du vivant.


© lucie petit - inédit - 2005

le papier est une fabrication d'
Armand Dupuy




le temps d'un concert

à Anouar Brahem
- Jean-Louis Matinier
- François Couturier
et au Chat noir qui passe



ils ont commencé à jouer
oud
-- accordéon -- piano
tous trois poursuivant ce vent léger qui balance un bonheur à la pointe d'un arbre
trois complices tenant au bout des doigts cet instant fragile
- ferveur de notes -d'accords et de silences
quelque chose de bleu est passé dans la salle
ta main est venue se poser sur la mienne
-- dehors les chiens se sont tus
tout existait dans le souffle de l'accordéon
-- dans ce moment aigu comme une pointe d'épingle -- ce moment-perle




© lucie petit - inédit - 14 novembre 2008




Brahem.1162473916

Brahem trio
photo extraite du livret accompagnant "le pas du chat noir" - ECM Records



le
site d'Anouar Brahem


grand vent



-- -- 0517.pluie:fentre



le vent déferle
plaque un rideau
de perles
sur le carreau

le paysage imbibé
courbe l'échine
arbres torturés
oiseaux à la dérive

furtive nostalgie
d'une odeur de flammes
cercle magique
aux yeux scintillants
dans le ventre d'une montagne



© lucie petit - inédit - 1996




gris

----- 1174.gris


d'ardoise, pierre et bruine
camouflage d'éléphant immobile

l'absence de vent gris
tient le silence en son creux

monotone attente
indéfinissable
dans le coutumier déroulement
du jour
morne
monacal

--------------------------- dans ce cliché vert-de-grisé
--------------------------- une soudaine envie
--------------------------- de cris
--------------------------- rires -- surprises
--------------------------- verre en éclats
--------------------------- morceaux irisés
--------------------------- miroitants

--------------------------- arcs-en-ciel
--------------------------- arches magiques d'un or à l'autre
--------------------------- traversés par un oiseau bleu
--------------------------- sous les gouttelettes de diamant



© Lucie Petit - inédit - 2000


variation


------ livres:vent


Prendre des notes sur des carnets de couleur.

épingler les carnets à la haie d'aubépine
--- les oublier -- lavés par les pluies - piquetés d'oiseaux et d'insectes
quelques trous d'écriture
-- une musique assourdie

disperser les feuillets par chemins et prairies
--- les écouter bruire sous la brise --- plonger les yeux dans ces nouveaux regards

garder le goût
- les traces -- terre et foin
glisser le tout sur du papier de riz
--- en faire un carnet de vie


© lucie Petit - inédit - 2005



musique baroque

------ baroque


Tout perdre, les mots, les couleurs -------- (Marie-Claire Geffroy)


au détour du chemin trouver sous un caillou un morceau de vie mauve--- le mettre dans la poche
sentir le vent marin soulever la dentelle d'un souvenir
--- ramasser les trous bleus
les ranger soigneusement entre des feuilles mortes dorées à l'or fin et des lambeaux de brume
déposer le tout sous les cordes d'une viole

prendre le silence par la main
--- partir sans se retourner

© lucie Petit - inédit - 2005/2008



fin d'hiver

fort28Nath
photo Nathalie


il y avait cet arbre penché vers l'étang noir -- la mélancolie de cette fin d'hiver -- au bout d'une branche il ne restait qu'une feuille tremblante au-dessus de l'eau

tu serrais ma main dans la tienne
-- tu me parlais de ton travail -- ou tu te taisais -- un faible vent emportait mes pensées

la feuille était recroquevillée
-- chaque heure ajoutait un faux pli -- la sève printanière la pousserait bientôt dans cette eau ignorant tout de sa course -- de la naissance à quoi ?

je te demandais
-- est-ce que l'eau peut mourir ? -- ton amitié me souriait - me disait qu'elle pouvait protéger l'heure sereine -- infiniment -- mais je n'osais pas penser au-delà de demain



© lucie petit - inédit - avril 2008




le temps d'y croire

----------------- letemps:mur


il fait un temps à retourner les poches des vieilles vestes --- à laisser pisser les nuages d'espoirs sans issue --- à accrocher les doutes au carré de l'hypoténuse

il fait un temps à s'asseoir au pied du mur en écoutant la violette
--- à goûter la perle de rosée qui descend sur la joue --- un temps à serrer tes paroles dans mes mains

il est temps de ramasser les braises déposées à mes pieds
--- c'est généreux comme une musique qui rit --- il est temps de mettre un peu de désordre dans ma vie.


© lucie petit - inédit - mars 2008 (à JC)


coup de gomme


coupdegomme



© lucie petit - inédit - 2008


le parti des oiseaux

----------- bonheur3



il y a des éclats d'oiseaux dans ce printemps imprévu
-- pourtant les traces de l'hiver ne sont pas effacées, tu le sais

tu as empilé toutes les années passées
et tout en dessous
tu as calé le bonheur

des trous profonds se sont creusés
les taillis se sont assombris
silence
- pétales fanés - ombres

quand un éclat de lumière se faufile entre les branches et vient se frotter à tes jambes
- tu feins de ne pas le voir - tu penses qu'il ne durera pas

mais s'il éclaire doucement la nuit
s'il se roule dans l'herbe au matin
tu prends le parti des oiseaux
et soudain le temps se retourne.





© lucie petit - inédit - fév. 2008


un geste

-------------------- 0596printemps
------------------------------------ © lp - 2007


le printemps remue avant l'heure,
un vert léger court à travers le paysage.
applaudissements des mésanges.

le chat du voisin pose une patte sur mon épaule,
- met son nez sur ma joue,- puis repart.

toi, tu as osé un geste d'amitié tendre,
- inattendu.
une ou deux barrières sont tombées.
craquement.

j'ai vu un sourire qui luisait doucement dans l'herbe.
quand tout s'est éteint,
- la chaleur est restée.

je suis vivante,
j'attends des nouvelles des hirondelles.


© lucie Petit - inédit - 27 janv. 2008 - à JC



un livre

-----------------LyonMth
-------------------- photo Mth.Peyrin - 2006


pousser la porte d'un livre
me perdre dans la maison d'un autre
installer mon bagage
-- joindre ma prière au repas
et laisser mon odeur dans les draps

le livre serait autre et moi
quels que soient le voyage
-- le paysage découpé dans la fenêtre -- les peurs de la cave -- les souvenirs grignotés

j'y trouverais des réponses
-- des rires à me réchauffer les mains
quelqu'un dirait
- as-tu vu Mina ? - mais qui est Mina ?
je pourrais cueillir des prunes au jardin et partir
je pourrais décider de rester


© lucie petit - inédit - janvier 2008




carte postale


----------- canal.bruges



je t'écris cette carte d'une ville rêveuse qui flâne le long de ses canaux --- les canards dérivent au long des barques désœuvrées et l'eau suçote la mousse des vieilles pierres saupoudrées de lumière dorée --- un chien passe sur le pont, préoccupé --- l'air est vide et se laisse pénétrer d'une odeur de vase et de fleurs, un peu molle, percée de pépiements et du son lointain d'une cloche --- la paix de l'instant me saisit en une caresse aiguë et j'éprouve soudain le désir violent de ta présence --- le besoin exigeant d'un cri qui me sauve de la noyade


© lucie petit - inédit - 2002



vents d'hiver

0550.nuagesdŽc



les nuages se lassent
de parcourir le monde
poussés par des vents fous

dans des bribes de brouillard
l'écho répète NOËL
il n'en reste qu'une aile
qui s'éloigne en tremblant

il faudra donc apprendre
à résister aux vents
demain tu sortiras
attacher le volet



© lp - inédit - déc.2004


jeu de mots

patacolle


patacolle --- patacolle --- patacolle
c'est beau, hein, maman ?

patatras
--- patacrac --- profiterole
mots bonbons
mots sucettes
goûtés
-- tapés contre les dents de lait
chantés dans le caddie
pour se bercer l'ennui

patacolle
--- patacolle
patte-de-lapin dans les yeux malicieux

papivore
--- papelune --- patibulaire
fil-à-la-patte
déroulé d'une boîte à conserve
au salami en tranches
d'une pâte de fruits
au canard en pâté

patauger dans une flaque de mots
ramasser les éclaboussures
les jeter
et rire sous cape

patacolle
--- pâtisson --- patenôtre
et tout un chapelet
grains de chants dans un pâton

patacolle
--- patapouf
et patati
--- et patata


© lucie petit - inédit - 1998



paroles dans la nuit


0744.nuit



la nuit nous cerne -- vous n'entendez rien -- vous ne sentez pas la peur des arbres -- vous ne touchez pas le tremblement des murs --- il y a sous nos pas des choses sournoises et violentes -- seule je ne connais pas les paroles qui les repoussent

je sais les mots qu'on dépose sur une page blanche
-- anneaux colorés - on les ajuste - les emboîte - leur caresse la tête -- on les dimanche en visite -- on les vacances --- d'autres leur découvrent des maladies ou des bonnes mines imprévues -- sans doute ont-ils bougé - fait des ronds - dansé - tiré la langue

mais les paroles m'échappent
-- se cachent -- filent de travers -- ne connaissent pas le bon escient - ne me connaissent pas --- dans la nuit qui se referme trop noire - je cherche une lanterne sourde pour éclairer le beau



0715.lune-----





© lucie Petit - 2007 - inédit



poète au fil de l'eau


----- poŽsie.barque2 p.m.




il amarre sa barque
au point sur l'
-- i
les doigts dans l'-- O
son rêve s'égare

rire en coin des canards
mouettes au cri de mer
les poissons frissonnent

au long de la carène

les herbes sur la rive
dessinent des mots rares
la marguerite éprise
prépare son strip-tease

le soleil balance son phare
de babord à tribord
éclaboussure d'aurore
--------------------- il s'endort


© lp. - 1998 - inédit


opus bulle

J.Bosch
Jérôme Bosch - détail


une bulle bleu vert vent
se roule dans un cumulo-nimbus
flash sur une musique de Jean-Sébastien
un couple de lions paisibles

au coin de l'allée pavée de lilas mauve
une locomotive halète sa vapeur
lavande et rose ancienne

l'unique poire bronze
sur une dentelle de porcelaine
un cerf-volant cueille les cerises

l'eau ruisselle
-- compte ses gouttes
sur les joues d'une sirène
se sèche au saule têtard
qui balaie les grenouilles dans la cour

le soleil verse une tasse de moisson
et la lune
- pendue au noyer
s'admire en son miroir
en attendant d'ouvrir le bal

--------------------------------------- des enfants noirs jaunes roses
--------------------------------------- au milieu d'un nuage d'oiseaux
--------------------------------------- apprennent à s'aimer

--------------------------------------- une fourmi en chapeau boule
--------------------------------------- laisse des pattes de mouche
--------------------------------------- au bas d'un pétale blanc


© lucie petit -- inédit -- 1998


bonheurs

-- 0800.bonheursbo”te

-- 0803.bonheurs
------- © lp - 2007 - exemplaire unique



on se fabrique des petits bonheurs comme l'arbre se fabrique des feuilles --- ouvertes au bleu - à la cerise -- offertes au vent -- tendres à l'orage

des feuilles tombées on garde trace
- promesses rugueuses - refrain d'oiseau qu'on sifflote pour faire croire

on en met plein ses poches
et quand le cœur est à la bruine
-- on se fait un petit feu de joie - avec des mains amies pour frotter l'allumette



© lucie Petit - inédit - juin 2007


questions pour un automne



------------ 0834.automne



l'hiver avait terni mon image
au printemps
- j'avais froid -- les fenêtres n'entendaient rien - les portes cherchaient des mains
d'un bout de nuage
- l'été a lavé les vitres -- il a mis des clochettes aux arbres - les bébés se sont endormis

que ferai-je de l'automne ?
le grenier est plein de musique
-- l'arbre est de garde -- un vent roux entasse les questions - les peurs - les sourires -- dessous les écureuils enterrent des promesses -- quand elles auront grandi - je leur tricoterai des mitaines et les protègerai des chasseurs

peut-être porteront-elles des fruits avant d'être mangées par le temps ?



© lucie Petit - inédit - août 2007



sculpteur

sculpteurJG ----- à Jean Goor



saison étrange qui ne tient ni au ciel ni à la terre
simple gare du temps
-- arrêt dans le cœur
il taille au ciseau la caresse
saisit l'arrondi dans le bois ou la pierre
nœud
-- grain de beauté
veines
--soutenant un sein -- la gourmandise d'une hanche -- la chaleur d'un ventre
volupté généreuse offerte au regard de la paume
peau contre grain

fétiche incantatoire maintes fois prié
femme-source sculptée les yeux fermés


© lucie petit - inédit - juillet 2007





0773sculpteur





tricot de mots

__________________tricotmots


elle tricote les mots pour en faire une écharpe __ jour après jour _ tous les mots à l'endroit font une petite laine mousseuse et cocasse qu'elle porte autour du cou __ elle caresse sa joue de mots tendres pour chasser la mélancolie _ tricote à toute vitesse des lignes de couleurs quand le temps est au beau __ parfois elle fait un mot à l'envers qui saute à l'oreille comme un coup de gueule __ si elle a des soucis _ ses mots sont raides et serrés __ contrariée _ son écharpe fronce alors les sourcils en une drôle de grimace __ de temps à autre un mot lui échappe et va se perdre de ligne en ligne _ entraînant d'autres mots avec lui __ cela fait des trous dans ses souvenirs et plus personne ne comprend rien __ qu'importe d'ailleurs __ elle est muette et les autres sont sourds



© lp - inédit - 2001




la maison de mer

cailloux-et-coquillage-68
© photo Anita

il s'encoquille sous un bateau retourné
pour rester au plus près de ses rêves

mouettes pour chiens de garde
étoiles dans le ciel de sable
sur la quille écumée par le vent
il a sculpté un dragon
tourné vers l'horizon

chaque saison
aux grandes marées
les vagues lèchent le seuil
chaque saison
laisse des mains de sel
un souvenir chantant
des yeux de naufragé




© lp - inédit - 1996


soir de juin

0347.soirjuin



après la dure chaleur
douceur
--- tendresse
brise sur la peau gorgée de soleil

les plantes déroulent leurs feuilles
--- leurs fleurs tissent le jardin d'odeurs
aboiements lointains
--- meuglements --- bruit faible des poissons tout proches --- fourmillements imperceptibles dans l'herbe noire

sous la Grande Ourse et l'Etoile polaire
-- marins de terre -- gouvernons notre bateau -- assis sur le même banc -ma tête sur ton épaule
paix souveraine



un soir de juin au passé simple
© lp - inédit - 1996



une place

------------------------- 0698.livre

surnuméraire
transparente
mais qu'est-ce que je faisais là ?
personne n'a compris
à commencer par moi

pas abandonnée -- pas perdue

chez moi
--- c'est les livres --- c'est l'eau du ruisseau --- l'oiseau sur le dos des vaches --- le nuage --- mûre ou noisette
silence
--- l'arbre garde ses feuilles - c'est ainsi
chez moi
- ce serait des amours qui ne s'en iraient pas

pas oubliée sur le banc
je suis !
j'entends
pas là
--- rien dire - trop sage --- tu me vois ?
pas toujours
les autres ?
-- y a une place ?

il y a une page
une page de garde



© lp -- inédit -- avr.2007


mer du Nord

merZŽlande




un phare sous la mer
mire sa lumière
entre gris et bleu

le sable
se fait livre d'images


dans les rires d'oiseaux
l'odeur du vent
refermer la mémoire
sur les couleurs d'éternité


© lp - inédit - 1996


c'est la mer et le vent


para-tout

parfois l'amitié
c'est un parapluie que l'on prend avec soi
__ même quand il fait soleil ___ une petite laine pour la fraîcheur du soir ___ une cabane au fond du jardin ___ un drapeau sur la carte du monde

parfois l'amitié dénoue toutes ces ficelles qui empêchent d'avancer

parfois l'amitié c'est juste deux minutes d'arrêt
parfois c'est la mer et le vent


et le chat le sait bien qui ronronne sous ma main


© lucie petit - texte et dessin - inédit - 15 mai 2007



j'aime

_______0180.cieloiseau



moi,
j’aime les gros nuages galopant dans le bleu
_ j’aime l’arbre aux oiseaux qui pépie des pieds à la tête _ j’aime le chat-dieu et le rire du chien _ j’aime nuit lune et nuit noire _ j’aime le gris lumière _l’ombre feuillue _l’après l’orage


j’aime m’encoquiller près de toi dans le lit tiède
_ j’aime ton épaule oreiller _juste creux odorant _ j’aime aimer _être aimée _ j’aime la tendresse absolue et la clarté du ciel dans tes yeux


j’aime fermer les yeux

les yeux fermés,
j’aime sentir le sable
_l’eau _tes mains _ j’aime humer le vent océan _l’herbe fauchée _le blé chaud _tes mains _ j’aime entendre le ruisseau buter sur une pierre _le printemps oiseleur _le parfum des feuilles sèches _tes mains

moi,
j’aime le bonheur



©
lucie Petit - inédit - 1997


jeunesse

il y a ces retrouvailles _ ces surprises _ ces rires __ on se dit _ la jeunesse quel bonheur __ tous ces chemins ébauchés _ ces océans à boire _ ces planètes à construire __ avec eux _ on aimerait reprendre le sac _ corriger l'itinéraire _ l'échapper belle _ parler enfin

mais il est tard
__ le ciel est lourd __ l'ornière creusée __
alors on joue
__ on fait semblant
ne pas entraver
_
ouvrir des fenêtres _

à eux qui savent voler


JacquelineDuhme
© détail d'une illustration de Jacqueline Duhème




© lucie Petit - inédit - avr. 2007


je l'ai trouvé ...

0196.pigeons
© lp - 05



composé sur un air de valse musette :

jelaitrouvŽ.3

© lucie petit - inédit - 1997



escargot


escargotN.6
© lp - 2007


comme l'escargot tu portes ta coquille ___ à la fois arme et abri ___ tu parles peu ___ tu réponds aux questions mais pas à celles que je n'ose pas poser ___ tu avances obstinément avec des arrêts soudains où tu t'enroules tout serré dans ton passé si jeune et sombre

silence

puis ton sourire désarmé
___ et c'est toi qui m'entraînes ___ tu es précieux ___ l'escargot déroule sa spirale sans souci des clôtures et des pierres ___ il aime la pluie ___ il tâte le goût du vent ___ tu sais déjà qu'il faut oser la tendresse ___ il te faudra te dénouer ___ assouplir ton chemin ___ tu laisseras ta trace


à NG
© Lucie Petit - inédit - fév. 2007



partir

sac.porte



il prend son baluchon ___un bonnet de vent et des mots en écharpe ____au fond de sa poche une bille __un parfum __une ivresse et la douceur fanée d’une joue de grand-mère ____sur la route il rencontre trois éléphants blancs __une tasse de porcelaine craintive __un napperon de dentelle __une pendule à balancier qui regarde constamment derrière elle pour vérifier si elle n’a pas perdu une minute __un escargot qui mesure le chemin sur son mètre déroulant ____ il marche marche __le coeur dans les souliers ___sans compter les cailloux qui cachent des regrets __ sans suivre les espoirs qui tombent dans le ravin ____ se retrouve devant une porte ____ il l’ouvre et dans un immense miroir il voit un type usé __fatigué avec un baluchon __un bonnet de vent et des mots en écharpe____ au fond de sa poche une bille __ un parfum __une ivresse et la douceur fanée d’une joue de grand-mère __ une route et trois éléphants blancs __ une tasse de porcelaine un napperon de ..........................



© Lucie Petit - inédit - 2002

miroir





le festin

____table.festin




sur la pelouse ensoleillée une table dressée de fine porcelaine et d'argent
les rires sautent dans le rubis des verres
____ les yeux flous lorgnent les
plats parfumés d'épices rares
__ de légumes exotiques ____ des mots
crapauds juste un peu flasques s'agitent entre les assiettes et affichent
la gaieté
à l'écart sous le pommier l'enfant tire le rideau de ses cheveux sur son
livre d'images
____ le chat tranquille la regarde savourer une à une les
mûres luisantes et fraîches cueillies sur le chemin qui longe le jardin
un merle gourmand guette


© Lucie Petit - inédit - 2002


délégation


dŽlŽgation
© lp - 2007


mon moi n'est pas bien.

j'ai décidé de déléguer
j'ai nommé un autre moi pour qu'il se charge des relations publiques et de l'ordonnancement des journées

il fait ça très bien
il tourne les pages du calendrier
_____ met du bleu sur mes paupières _____ sourit aux mésanges _____ salue les vieux messieurs

certaines choses lui échappent
il range mal mes pensées et ne peut écrire à ma place
_____ rien n'est parfait ..


© Lucie Petit - inédit - févr. 2007



noyade

lg-lime ______ © Ian Dingman




un marais de silence.
je me retrouve la tête sous l'eau
m'accrocher à la tranche de citron qui flotte dans mon verre

le poisson rouge garde l'oeil rond
une bulle remonte, hors de portée
l'horizon est un peu flou et la terre semble lointaine

il y a bien quelque chose à sauver
quelque chose pour reprendre pied
pour reconstruire pierre à pierre cet édifice branlant qui est moi
et qui ne tient debout qu'à coups d'illusions et de rêves

le monde n'est qu'une bulle de poisson




© Lucie Petit - inédit - 11 janvier 2007



tableaux d'une exposition

___ F_10513 ____ Léon Spilliaert

Bibliothèque Royale de Belgique - exposition jusqu'au 10 mars 2007



9h17 ____vous êtes seul dans ce wagon rempli de voyageurs
vous avez décidé de me voler toute entière
vos yeux n’écoutent rien
____déposent un je vous aime sur mes lèvres
vos doigts recueillent doucement sur ma nuque quelques grammes de solitude

parfois, nos sourires se rejoignent sur le même tableau

vous paraissez pressé de garnir les planches de souvenirs heureux
comme si demain n’arriverait jamais
vous savez la précarité
____vous n’ignorez pas la tyrannie du doute
vous ne vouliez pas recommencer un printemps
seulement prolonger un automne
_____le temps d’une feuille

17h50
____vous êtes seul dans ce wagon rempli de voyageurs

j’ai dit
____donnez-moi du temps
mais le temps est si vieux _____il s’effrite ..



© Lucie Petit - inédit - janv.2007



laissez-nous rêver

sur
une peinture de bObi_______ 363994289_766d8e729e



le poisson fait le poirier dans son bocal ____ il rêve de ce temps très ancien qui lui donna des ailes ____ l'oiseau dans sa cage en bambou rêve de dents de rongeur ____ la souris rêve d'être un molosse

moi je rêve d'être bleue
___ invisible
d'être en bois
___ d'être toi
d'être vague et vent
je rêve d'ailleurs
je rêve très peu
c'est quoi
___ rêver ?

et le chat ?
____ ni passé __ ni futur __ il ronronne au présent ____ il prend le temps d'attendre



© Lucie Petit - inédit - 21 janv.2007



mer internet

Phil-Billen-dŽt
_____ détail d'un tableau de Phil Billen



pour ne pas m'oublier, je marche sur la mer ____ je jette mes mots, mes couleurs, mes amours

la mer s'en fiche,
___ elle se perd d'île en île, sans caresser de peau, sans chanter aux étoiles, sans bercer de poissons ___ aucun marin ne croise ma route, un bouquet de roses à la main ____ seul un enfant aveugle, un doigt sur la bouche, me montre l'ombre d'un chat sur la lune

je m'enfonce lentement
____ là-bas ma maison s'agrandit ___ des sourires vont et viennent aux fenêtres ___ au bar de l'estacade, un perroquet répète quelques mots mâchonnés qui me semblent connus



© Lucie Petit - inédit - déc.2006



funambule

347837826_10e5c9029d _____ © Bobi - 2007




venez voir, le funambule ____il danse sur son fil ____un oiseau __léger __futile __magique __venez voir ____moi, je suis un funambule qui marche dans le noir ____sur un fil qui ne va nulle part ____sur un fil qui n’existe pas ____un pied devant l’autre ____c’est la meilleure façon de marcher ____avancer __ne jamais s’arrêter ___acrobate entre obscur et lumière _bien accroché au balancier ____un oiseau __léger __futile __magique ____une bulle bondissante _____juste un pied devant l’autre


© Lucie Petit - inédit - 2001


une autre interprétation de ce dessin ICI



manège

016xa
© a.x. - 1990





elle regarde tourner le manège ____remonte un à un ses souvenirs d’enfance au son des flonflons qui ouvrent des photos floues au parfum de beignets ____une peur ancienne caresse le cou de bois du cheval ____des visages aimés, perdus dans un brouillard en fuite traversé de couleurs, il reste la connaissance aiguë de la solitude ____la découverte angoissée d’un possible abandon ____le plaisir attrapé pour un tour de vie gratuit ____ça me fait tourner la tête, dit-elle en prenant le bras de son compagnon

© Lucie Petit - inédit - 2001


rien

_______ rien
___________________ © lp - déc.06



je suis celle qui ne répond pas aux questions
je suis celle qui n'a rien compris

celle qui ne sait pas ce qu'il y a en dessous ou au dessus de la vie
_____ j'aimerais rattacher une feuille à l'arbre dénudé

dans la tempête je m'accroche au bastingage
___ j'en ressors trempée et couverte de sel _____ il suffit d'un sourire pour faire craquer le sel ___ je souris à la lune, le soleil n'est pas là

je suis celle qui écrit au vent
___ il mélange toutes les lettres, il crie dans mon oreille et je n'ai toujours rien compris ___ on a tout éclairé et je n'ai rien vu ___ je fais des trous partout mais je n'ai rien trouvé

il faut que je remette cette feuille sur l'arbre
___ peut-être qu'il ne demandera rien et refermera tendrement ses branches



© Lucie Petit - inédit - déc.2006



enfants-soldats

_____________ 1010


le Grand Hallebardier, vieillissant, est parti à la guerre avec
... un lampadaire.
_____à la première salve, l’abat-jour est
tombé.
____ce n’est rien, se dit le Grand Hallebardier, ainsi
nous garderons le jour.
___à la deuxième salve, le pied est
tombé.
_____ce n’est rien, se dit le Grand Hallebardier, j’ai
la hampe bien en mains comme un porte-drapeau,
____ je
porterai la lumière à la victoire.
_____le Grand Hallebardier
voyait autour de lui des enfants en armes.
___ils trouvaient
la guerre joyeuse , y perdaient sans savoir leur enfance et
leur âme, la mort grise entrait dans leurs yeux.
_____ à la
troisième salve, la lumière s’est éteinte.
________ le Grand
Hallebardier s’est assis sur le sol, la tête entre les mains :
c’est mieux ainsi, se dit-il, la lumière ne peut vivre dans un
monde qui dévore ses petits.
le Grand Hallebardier s’est perdu dans la nuit.


© Lucie Petit - 2001 - inédit


contrebande

contrebande.2
© lp - 06


en contrebande il avait passé la ligne
la ligne de riches
la ligne d'enfance

il avait passé l'enfance
était tombé tout cuit
dans la marmite adulte

ça puait fort dans la marmite adulte
ça sentait le fric et l'envie
des morceaux d'amour s'y noyaient

avec sa poche vide de contrebande
et ses pensées nuageuses
il nagea à contre-courant

le contre-courant lui ouvrit une porte :
se retrouva brandon sous la marmite


© lp - 1998


le temps

___ montre.0521


le temps lui a laissé
mille cicatrices,
une vieille montre qui ne marche
qu'au rythme de son coeur.

la bonté en éclats au coin des yeux,
un deuil léger dans la voix,
il parle peu, il sourit.
ses mains de parchemin
égrènent un chapelet de bonheurs,
de je vous salue la Vie.

sur les souvenirs en friche
fleurit le coquelicot.



© lp - 1997


l'attente


attente

blottie dans mon oeuf,
j'attends.
c'est là que tout commence.

quand un arbre grandit, il gagne sur l'attente, ses racines avancent d'un pas.
moi, je grandis aussi.

maintenant j'attends qui.

je joue aux cartes,
je compte les années qui passent entre deux cartes. un peu de ciel me dégringole sur la tête.

mais l'arbre attend toujours, accroché à sa terre.
il regarde les oiseaux, il numérote ses feuilles.

maintenant j'attends quoi.

envie de crier.
un orage
______ l'arbre aussi attend.
j'encadre les rires d'enfants, quelques riens en larmes se perdent dans le canal.
l'arbre attend une couronne.
il croit au vent.

il y a un vélo devant la porte.
je fais des ronds de vélo.
ça ne va pas loin mais ça bouge.

maintenant je n'attends plus.

je mets les riens, les rires, les cartes dans la soute à bagages. Je mets le vélo dans le creux de ma main et je le pousse

très
___ doucement.


© lucie petit ( texte et illustration) - inédit - fév.2006



l'arbre de paix

__________arbre.Nic.0403
____________________© Nicolas Grégoire


quittant son île déserte
l'arbre de paix a décidé de parcourir le monde
_____son pas lourd ébranle le sol
tiens, le bruit du canon se rapproche, se dit le monde et chacun fourbit ses armes et chacun garde dans le coeur un dieu Meilleur
l'arbre de paix offre alors ses plus jolies fleurs ______ceux qui les cueillent en font des couronnes pour les héros de la race Supérieure
lasses, les feuilles de l'arbre de paix se frottent en un murmure de source
tiens, se dit le monde, notre langue est Plus Sonore ____ nous en ferons des chants de guerre
l'arbre de paix abandonnant fleurs et feuilles, les marchands d'armes piétinent cet automne en se frottant les mains

découragé, l'arbre de paix retourne sur son île où trois corbeaux accrocheront à ses branches des traités caduques et des mots de poètes.



© lucie Petit - inédit - 2001


migration



tanguy.stbrieuc
© Tanguy Dohollau


pourquoi la mer
veut-elle escalader les falaises et les digues ?
veut-elle savoir où vont ces oies sauvages qui passent au ras des vagues en jacassant ?
mais toujours quelque chose l'arrête, forcée à reculer sans cesse
et elle reste là avec, en travers de la gorge, une prairie, une barrière, qu'elle tousse et crache en bousculant les navires

de la hune, le mousse ne voit à l'horizon que l'or du couchant et ce minuscule cerf-volant qui joue avec la vague et le vent

un poisson saute hors de l'eau et cueille l'hiver à pleine bouche. la mer et le ciel se touchent en gris sombre là-bas au loin.

les oies reviendront au bleu.


© lucie petit - inédit - août 2006


l'ours en cage

---- cage


l'ours a mis une cage dans sa tête
et s'y est enfermé
____ seule une
plume d'oiseau bleu pourrait en
effacer les barreaux
_ mais l'ours
ne connait pas son langage

comment connaître la langue des
signes quand on s'obstine à garder
les yeux fermés ?



© lucie petit - 2000 - inédit

en écho à un texte paru sur
mots tessons

glaçon

pour ceux qui ne regardent pas les commentaires (les commentaires ? c'est quoi, ça ? ... sourire),
pour remercier Anita d'avoir sorti ce texte des limbes où il cherche désespérément des ailes
et pour nous rafraîchir un peu (l'imagination au pouvoir !!)



glaon _______________ Glaçon s'est détaché de l'icetree (prononcez cela comme vous voulez, à la française ___à la danoise ___ou à l'anglaise car l'icetree est un arbre étrange qui ne pousse qu'en bordure de l'Arctique)
Glaçon s'est détaché pour explorer le monde :
il emporte son cœur bleu
juste au milieu de son corps transparent
il emporte une feuille d'icetree
pour parfumer le thé à la menthe
il emporte un bonnet de laine
pour se protéger du soleil
____ de la lune ____ et de l'amour

assis sur son derrière, il glisse le long des chemins de halage
___ sur les petits ponts de bois et les chemins de limaces
il suit les rails de trains et s'arrête dans les gares pour rafraîchir sa mémoire en étudiant les horaires
il s'arrête à tous les frigos
___ les visite avec attention ____ note l'année de construction ___ le style ___ et la décoration ____il avoue être très sensible aux frigos rouges et y passe parfois de longues heures entre la poire et le fromage

Glaçon voyage aussi dans les camionnettes des marchands de crème glace car il aime beaucoup la musique et les petits enfants

tout allait bien ainsi
jusqu'au jour où
jusqu'au jour où il vit arriver une très jolie jeune fille
blonde
elle était blonde
portait une mini-jupe sur ses jambes bronzées
fuselées
un corsage blanc qui ne cachait pas grand'chose de sa peau douce et dorée
et des lèvres
des lèvres si roses
roses comme une rose rouge
à peine rouge

il ne put s'empêcher d'enlever son bonnet de laine
pour mieux la voir
pour mieux voir la très jolie jeune fille blonde
qui le trouva si mignon avec son coeur bleu
avec la feuille d'icetree pour le thé à la menthe

elle le prit dans sa main fine
____ le porta à ses lèvres
(vous savez
__ ses lèvres roses ...)
lui donna un petit coup de langue
mit la feuille d'icetree dans son thé à la menthe
suça doucement la glace
jusqu'au cœur bleu

jusqu'au cœur bleu qui était déjà tout fondu d'amour


© lucie petit - 18 juin 2002 (jour de canicule ...) - inédit


arrêt du temps


à Myriade


temps.web

un pas de côté
le temps fait une sieste.
buée sur le miroir
à l'ombre de l'arbre
ou entourés de neige
silence de mouche ou de corneille.

deux pas de côté
élaborer des gestes doux
pour ne pas rompre le cristal.
le pied sur le frein
ne pas oublier de respirer
entre les regards.

trois pas de côté
l'oiseau joue dans l'ombre.
une trille légère
fait sourire une rose.
des mots nagent entre nous
tissant un point oublié de dentelle ancienne.

trois pas revenus
renouer le fil.
le chat n'oubliera pas
je garderai le sens
deux-trois points de dentelle
un soupir entre les pages d'un livre.

© Lucie Petit - inédit - juin 2006



sur la plage

tanguy.rŽd.1
© Tanguy Dohollau

glisser comme un trait de lune
jusqu'à l'horizon des oiseaux,
en abandonnant sur la plage
mes souvenirs, mes vieux bagages.

la vague les prend
la vague les rend
usés, roulés, polis,
bercés tendre,
mordus déchiquetés,
fantôme étrange.

d'un brusque ressac
surgit un souvenir intact
comme la fulgurance d'un visage
que l'on croit reconnaître
et qui disparait aussitôt.

et je reste là, fascinée,
avec le vent qui siffle
dans les trous de mémoire,
sourde aux chants des oiseaux.



©
Lucie Petit - inédit - 2005

Tanguy m'a envoyé ce dessin par mail et j'ai immédiatement pensé à ce texte : ils me semblaient étrangement complémentaires.
ce sont de merveilleuses rencontres et j'ajoute cette citation de Braque, apportée par Tanguy :
"l'écho répond à l'écho, tout se répercute". merci Tanguy !



il faudra bien

cŽramique noire.0264
céramique de Mireille Clerebout


il faudra bien, un jour,
que ce chemin indécis sorte des fourrés hérissés.
ma lampe est trop faible et les mains qui se tendent sont vagabondes.

il faudra bien, un jour,
que le corbeau cesse de se poser sur ma tête.
son cri lugubre empêche la joie de s'effeuiller,
son aile n'est pas une couronne à ma taille.


les arbres qui marchent à pas lourds, secouent leurs feuilles sur mes traces.
mes souvenirs ont de la peine à pousser. ceux qui auraient pu lier les gerbes
avec moi, ne m'ont laissé que des miroirs.
il y fait sombre et froid.

crois-tu que le rouge-gorge chante encore ?


©
Lucie Petit - inédit - nov. 2005