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aucun homme n'est visible.
personne dans un jardin.
---------- Alejandra Pizarnik
parfois le jour vide est si long que tu n'entends plus les oiseaux qui
le traversent --- tu as plein d'arêtes dans la gorge et les vieilles
recettes sont usées --- autour de toi les amours se construisent
des bonheurs sans avoir besoin des cailloux que tu gardes dans
les tiroirs
alors tu déposes des cairns au pied des rosiers - des arbres - des
montagnes -- tu jettes un caillou dans l'étang et tu attends -- le
ciel est troublé -- un nuage s'accroche à une branche
parfois tu as de la chance : un chat vient s'asseoir à tes côtés
noir avec des yeux de lune

© lucie petit - inédit - nov. 2009


De l'autre côté du mur
il y a un rat
un rat portant un chapeau,
un chapeau noir à larges bords
retenu par ses oreilles.
On voit juste le bout de son nez.
Quant à ses yeux, je ne sais pas
s'ils sont là ou ailleurs
mais chaque jour, je vois le rat
creuser un trou devant le mur,
un trou qui ne va nulle part,
un trou qui jamais ne passe
de l'autre côté du mur.
Peut-être cherche-t-il ses yeux
pour les remettre à son chapeau ...
De l'autre côté du mur
il y a une vache
une vache aimant le piano.
Elle mâchonne des marguerites
en jouant des blues nostalgiques
et chaque jour, sur le mur triste
coule une larme
une larme de ciment
Après un verre de whisky sec,
le mur réclame en gémissant
un rock-n-roll étourdissant,
un rock qui jamais ne passe
de l'autre côté du mur.
Peut-être ramasse-t-il les notes
pour en faire un grand mouchoir ...
De l'autre côté du mur
il y a un arbre
un arbre couvert de cages-à-feuille.
Cage sans porte ni barreaux :
une luciole pour lanterne,
un miroir retient la belle.
On voit juste un sourire de feuille
lorsque la pluie poudre son nez.
Cet arbre n'a qu'un seul fruit
qui tourne le dos au soleil,
ne se laisse jamais cueillir,
et chaque jour je tends la main
de l'autre côté du mur.
Peut-être attend-il l'automne
pour dessiner porte et barreaux ...
De l'autre côté du mur
il y a des mots
balancés à la pointe de l'herbe,
des mots dans une langue étrange
et chaque jour un escargot
enroule un mot dans sa coquille.
Un roman se lit sur sa trace
et m'envoie un parfum d'ailleurs
mais je ne connais pas
celui qui les écrit ...
De l'autre côté du mur
il y a moi
et moi autre de ce côté-ci ...
© lucie Petit - inédit - 98/03 - croquis de Cécile Wattiez






le printemps a réveillé ses musiciens et
les dents des chats ont été agacées
photo JC

photo Pixplumes
© lp - avr. 2009



© lucie petit - inédit - août 2008










photo Nathalie
il y avait cet arbre penché vers l'étang noir -- la mélancolie de cette fin d'hiver -- au bout d'une branche il ne restait qu'une feuille tremblante au-dessus de l'eau
tu serrais ma main dans la tienne -- tu me parlais de ton travail -- ou tu te taisais -- un faible vent emportait mes pensées
la feuille était recroquevillée -- chaque heure ajoutait un faux pli -- la sève printanière la pousserait bientôt dans cette eau ignorant tout de sa course -- de la naissance à quoi ?
je te demandais -- est-ce que l'eau peut mourir ? -- ton amitié me souriait - me disait qu'elle pouvait protéger l'heure sereine -- infiniment -- mais je n'osais pas penser au-delà de demain
© lucie petit - inédit - avril 2008


© lucie petit - inédit - fév. 2008




les nuages se lassent
de parcourir le monde
poussés par des vents fous
dans des bribes de brouillard
l'écho répète NOËL
il n'en reste qu'une aile
qui s'éloigne en tremblant
il faudra donc apprendre
à résister aux vents
demain tu sortiras
attacher le volet
© lp - inédit - déc.2004


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© lucie Petit - 2007 - inédit
p.m.
Jérôme Bosch - détail
une bulle bleu vert vent
se roule dans un cumulo-nimbus
flash sur une musique de Jean-Sébastien
un couple de lions paisibles
au coin de l'allée pavée de lilas mauve
une locomotive halète sa vapeur
lavande et rose ancienne
l'unique poire bronze
sur une dentelle de porcelaine
un cerf-volant cueille les cerises
l'eau ruisselle -- compte ses gouttes
sur les joues d'une sirène
se sèche au saule têtard
qui balaie les grenouilles dans la cour
le soleil verse une tasse de moisson
et la lune - pendue au noyer
s'admire en son miroir
en attendant d'ouvrir le bal
--------------------------------------- des enfants noirs jaunes roses
--------------------------------------- au milieu d'un nuage d'oiseaux
--------------------------------------- apprennent à s'aimer
--------------------------------------- une fourmi en chapeau boule
--------------------------------------- laisse des pattes de mouche
--------------------------------------- au bas d'un pétale blanc
© lucie petit -- inédit -- 1998



----- à Jean Goor


© photo Anita
il s'encoquille sous un bateau retourné
pour rester au plus près de ses rêves
mouettes pour chiens de garde
étoiles dans le ciel de sable
sur la quille écumée par le vent
il a sculpté un dragon
tourné vers l'horizon
chaque saison
aux grandes marées
les vagues lèchent le seuil
chaque saison
laisse des mains de sel
un souvenir chantant
des yeux de naufragé
© lp - inédit - 1996

après la dure chaleur
douceur --- tendresse
brise sur la peau gorgée de soleil
les plantes déroulent leurs feuilles --- leurs fleurs tissent le jardin d'odeurs
aboiements lointains --- meuglements --- bruit faible des poissons tout proches --- fourmillements imperceptibles dans l'herbe noire
sous la Grande Ourse et l'Etoile polaire -- marins de terre -- gouvernons notre bateau -- assis sur le même banc -ma tête sur ton épaule
paix souveraine
un soir de juin au passé simple
© lp - inédit - 1996


un phare sous la mer
mire sa lumière
entre gris et bleu
le sable
se fait livre d'images
dans les rires d'oiseaux
l'odeur du vent
refermer la mémoire
sur les couleurs d'éternité
© lp - inédit - 1996

parfois l'amitié
c'est un parapluie que l'on prend avec soi __ même quand il fait soleil ___ une petite laine pour la fraîcheur du soir ___ une cabane au fond du jardin ___ un drapeau sur la carte du monde
parfois l'amitié dénoue toutes ces ficelles qui empêchent d'avancer
parfois l'amitié c'est juste deux minutes d'arrêt
parfois c'est la mer et le vent
et le chat le sait bien qui ronronne sous ma main
© lucie petit - texte et dessin - inédit - 15 mai 2007


© détail d'une illustration de Jacqueline Duhème
© lucie Petit - inédit - avr. 2007

© lp - 05
composé sur un air de valse musette :
© lucie petit - inédit - 1997

© lp - 2007
comme l'escargot tu portes ta coquille ___ à la fois arme et abri ___ tu parles peu ___ tu réponds aux questions mais pas à celles que je n'ose pas poser ___ tu avances obstinément avec des arrêts soudains où tu t'enroules tout serré dans ton passé si jeune et sombre
silence
puis ton sourire désarmé ___ et c'est toi qui m'entraînes ___ tu es précieux ___ l'escargot déroule sa spirale sans souci des clôtures et des pierres ___ il aime la pluie ___ il tâte le goût du vent ___ tu sais déjà qu'il faut oser la tendresse ___ il te faudra te dénouer ___ assouplir ton chemin ___ tu laisseras ta trace
à NG
© Lucie Petit - inédit - fév. 2007




© lp - 2007
mon moi n'est pas bien.
j'ai décidé de déléguer
j'ai nommé un autre moi pour qu'il se charge des relations publiques et de l'ordonnancement des journées
il fait ça très bien
il tourne les pages du calendrier _____ met du bleu sur mes paupières _____ sourit aux mésanges _____ salue les vieux messieurs
certaines choses lui échappent
il range mal mes pensées et ne peut écrire à ma place _____ rien n'est parfait ..
© Lucie Petit - inédit - févr. 2007
______ © Ian Dingman
____ Léon Spilliaert

_____ © Bobi - 2007
© a.x. - 1990
elle regarde tourner le manège ____remonte un à un ses souvenirs d’enfance au son des flonflons qui ouvrent des photos floues au parfum de beignets ____une peur ancienne caresse le cou de bois du cheval ____des visages aimés, perdus dans un brouillard en fuite traversé de couleurs, il reste la connaissance aiguë de la solitude ____la découverte angoissée d’un possible abandon ____le plaisir attrapé pour un tour de vie gratuit ____ça me fait tourner la tête, dit-elle en prenant le bras de son compagnon
© Lucie Petit - inédit - 2001



© lp - 06
en contrebande il avait passé la ligne
la ligne de riches
la ligne d'enfance
il avait passé l'enfance
était tombé tout cuit
dans la marmite adulte
ça puait fort dans la marmite adulte
ça sentait le fric et l'envie
des morceaux d'amour s'y noyaient
avec sa poche vide de contrebande
et ses pensées nuageuses
il nagea à contre-courant
le contre-courant lui ouvrit une porte :
se retrouva brandon sous la marmite
© lp - 1998


blottie dans mon oeuf,
j'attends.
c'est là que tout commence.
quand un arbre grandit, il gagne sur l'attente, ses racines avancent d'un pas.
moi, je grandis aussi.
maintenant j'attends qui.
je joue aux cartes,
je compte les années qui passent entre deux cartes. un peu de ciel me dégringole sur la tête.
mais l'arbre attend toujours, accroché à sa terre.
il regarde les oiseaux, il numérote ses feuilles.
maintenant j'attends quoi.
envie de crier.
un orage ______ l'arbre aussi attend.
j'encadre les rires d'enfants, quelques riens en larmes se perdent dans le canal.
l'arbre attend une couronne.
il croit au vent.
il y a un vélo devant la porte.
je fais des ronds de vélo.
ça ne va pas loin mais ça bouge.
maintenant je n'attends plus.
je mets les riens, les rires, les cartes dans la soute à bagages. Je mets le vélo dans le creux de ma main et je le pousse
très ___ doucement.
© lucie petit ( texte et illustration) - inédit - fév.2006

pourquoi la mer
veut-elle escalader les falaises et les digues ?
veut-elle savoir où vont ces oies sauvages qui passent au ras des vagues en jacassant ?
mais toujours quelque chose l'arrête, forcée à reculer sans cesse
et elle reste là avec, en travers de la gorge, une prairie, une barrière, qu'elle tousse et crache en bousculant les navires
de la hune, le mousse ne voit à l'horizon que l'or du couchant et ce minuscule cerf-volant qui joue avec la vague et le vent
un poisson saute hors de l'eau et cueille l'hiver à pleine bouche. la mer et le ciel se touchent en gris sombre là-bas au loin.
les oies reviendront au bleu.
© lucie petit - inédit - août 2006

l'ours a mis une cage dans sa tête
et s'y est enfermé ____ seule une
plume d'oiseau bleu pourrait en
effacer les barreaux _ mais l'ours
ne connait pas son langage
comment connaître la langue des
signes quand on s'obstine à garder
les yeux fermés ?
© lucie petit - 2000 - inédit
en écho à un texte paru sur mots tessons
_______________ Glaçon s'est détaché de l'icetree (prononcez cela comme vous voulez, à la française ___à la danoise ___ou à l'anglaise car l'icetree est un arbre étrange qui ne pousse qu'en bordure de l'Arctique)à Myriade

un pas de côté
le temps fait une sieste.
buée sur le miroir
à l'ombre de l'arbre
ou entourés de neige
silence de mouche ou de corneille.
deux pas de côté
élaborer des gestes doux
pour ne pas rompre le cristal.
le pied sur le frein
ne pas oublier de respirer
entre les regards.
trois pas de côté
l'oiseau joue dans l'ombre.
une trille légère
fait sourire une rose.
des mots nagent entre nous
tissant un point oublié de dentelle ancienne.
trois pas revenus
renouer le fil.
le chat n'oubliera pas
je garderai le sens
deux-trois points de dentelle
un soupir entre les pages d'un livre.
© Lucie Petit - inédit - juin 2006
glisser comme un trait de lune
jusqu'à l'horizon des oiseaux,
en abandonnant sur la plage
mes souvenirs, mes vieux bagages.
la vague les prend
la vague les rend
usés, roulés, polis,
bercés tendre,
mordus déchiquetés,
fantôme étrange.
d'un brusque ressac
surgit un souvenir intact
comme la fulgurance d'un visage
que l'on croit reconnaître
et qui disparait aussitôt.
et je reste là, fascinée,
avec le vent qui siffle
dans les trous de mémoire,
sourde aux chants des oiseaux.
© Lucie Petit - inédit - 2005
Tanguy m'a envoyé ce dessin par mail et j'ai immédiatement pensé à ce texte : ils me semblaient étrangement complémentaires.
ce sont de merveilleuses rencontres et j'ajoute cette citation de Braque, apportée par Tanguy :
"l'écho répond à l'écho, tout se répercute". merci Tanguy !

céramique de Mireille Clerebout
il faudra bien, un jour,
que ce chemin indécis sorte des fourrés hérissés.
ma lampe est trop faible et les mains qui se tendent sont vagabondes.
il faudra bien, un jour,
que le corbeau cesse de se poser sur ma tête.
son cri lugubre empêche la joie de s'effeuiller,
son aile n'est pas une couronne à ma taille.
les arbres qui marchent à pas lourds, secouent leurs feuilles sur mes traces.
mes souvenirs ont de la peine à pousser. ceux qui auraient pu lier les gerbes
avec moi, ne m'ont laissé que des miroirs.
il y fait sombre et froid.
crois-tu que le rouge-gorge chante encore ?
© Lucie Petit - inédit - nov. 2005