les pierres
--------- Sculptures en terre de Mireille Clerebout
Dialogue en 1 scène.
- Tiens, la pierre a pondu !
- Elle a pondu ? mais ce n'est pas un oiseau !
- Non, mais elle a pondu quand même.
Regarde ce petit tout rond à côté d'elle.
- Ouais, bof. Il lui ressemble pas, hein.
- Mmmmm un peu. Il a une petite tache brune, là, tu vois. Une tache de naissance.
- Pas très quartzien, il me semble, ce petit. Elle est nettement plus bronzée. Je me demande à qui elle s'est frottée ...
- Oh, la mauvaise langue. Moi, je te dis qu'elle est allée à la cascade, celle dont l'eau est si claire ; celle qui est si gaie, si joyeuse, qu'à force de cascader sur ces grosses pierres sombres et rudes, elle leur fait des petits tout ronds, des petits au teint clair. Sûr que c'est de là qu'elle vient. D'ailleurs, sens, elle a l'odeur de l'eau vive.
- C'est ma foi vrai. Elle a d'ailleurs gardé des éclats d'eau brillante sur sa peau et dans ses veines.
Le petit est un peu crayeux, il pourrait avoir meilleure mine.
- Ils ont décidé de l'envoyer à la mer. Cela lui fera du bien de se faire rouler dans le sel, le sable et l'iode. Je suis sûr qu'il reviendra avec un teint lisse et frais.
- Oui, pourvu qu'une algue ne tombe pas amoureuse de lui et ne l'entraîne pas dans ses ventouses à goût de poisson.
Tu sais, le chant des algues au crépuscule est irrésistible pour les âmes de pierre.
FIN
© lucie petit - inédit - 1998